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La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

RV sur le blog d'une curieuse ! Curieuse de TOUT ! Tout m'intéresse ! Difficile à gérer ! Esthète, aussi, je vais spontanément vers les arts (peinture, sculpture, dessin, photo, la danse classique et l'opéra passionément !...) Mais, les sujets de société, notre alimentation, notre santé, le règne animal, l'environnement m'interpellent tout autant ! Et puis, j'ai mes révoltes !... )

Publié le par Danièle
Publié dans : #CULTURE ET POESIE..., #ARCHITECTURE & DECORATION, #HISTOIRE, #LA GAZETTE DES ARTS

En images : Al-Andalus, cette Espagne musulmane dont le rayonnement culturel a profondément influencé l'Occident médiéval et la Renaissance, a aussi franchi le détroit de Gibraltar. D'un continent à l'autre, ce voyage ravive l'âge d'or arabo-andalou.

Affairée le matin, léthargique l'après-midi, turbulente la nuit, chrétienne dans ses églises, arabe dans ses jardins, gitane dans certains quartiers, touristique par volonté… Séville, au fil des heures, au détour d'une place, à l'ombre d'un minaret, change selon le regard qu'on lui porte.
 
Les Sévillans paraissent ne jamais revenir de la beauté de leur ville, et on les comprend. Ils disent « quien no ha visto Sevilla, no ha visto maravilla » (qui n'a pas vu Séville, n'a pas vu de merveille), et on les croit.
Et c'est avec curiosité et excitation qu'on se lance, par les rues de la belle andalouse, à la recherche de son splendide passé musulman. On ne le perçoit pas tout de suite, même s'il y a bien des traces, mais on est d'emblée immergé dans une ambiance, un décor, un rythme de vie qui doivent beaucoup à des siècles de domination et de présence musulmanes.
 
Au lever du jour, par exemple, quand Séville sort de son sommeil, s'ébroue et se défait des derniers frissons de la nuit, on peut observer le joli désordre des toits-terrasses, blottis les uns contre les autres, du quartier Santa-Cruz.
Çà et là, on y voit une Sévillane suspendre du linge sur un fil, une autre abreuver des cactées, ou une famille rassemblée autour d'un petit déjeuner. Ces petits rituels matinaux se déroulent avec pour toile de fond les crénelages mauresques de l'Alcazar, le clocher-minaret de la cathédrale, un ou deux palmiers et cette harmonie qui lie l'ocre fané des tuiles vernissées à la chaux blanche. On pourrait se croire dans une ville arabe et l'on s'attend à ce que l'air soit fendu par le chant d'un muezzin.

 

Détail sur l'entrée de la Giralda , l'icône de Séville.
Crédits photo : Bruno Mazodier

 

Cet héritage oriental, longtemps occulté et cependant fondateur de la culture andalouse, remonte à l'arrivée, en 711, près de Tarifa, de différentes ethnies musulmanes (arabes, berbères, etc.), qui créèrent Al-Andalus.
Cette expression, désignant la partie de la péninsule sous domination islamique, donnera naissance au mot Andalousie.
 
Dans le sillage de Cordoue, alors capitale rayonnante des Omeyyades, la ville connut un important essor économique et culturel. On y érigea la première grande mosquée, puis l'Alcazar, lieu de résidence des gouverneurs cordouans. La chute du califat de Cordoue (1031) la propulsa capitale du plus puissant des taïfas (petits royaumes), où le roi poète Al-Mutamid entretint une cour lettrée et raffinée.
Puis ce sont les Almoravides qui s'emparèrent de Séville, avant d'en être chassés par les Almohades, en 1147.
Séville entre alors dans son âge d'or.
 
Erigée en altière capitale de l'empire almohade, elle cultive la vie intellectuelle et artistique tout en fascinant une Europe médiévale encore mal dégrossie.
La nuit, les rues de Séville sont éclairées et sûres quand celles de Paris ne sont que de boueux coupe-gorges.
La ville se lance dans de nombreux embellissements, notamment la construction de la grande mosquée (remplacée par la cathédrale après la Reconquista). Le palais de l'Alcazar est agrandi, des quais sont aménagés sur le Guadalquivir et un puissant dispositif de murailles est mis en place. De cette enceinte fortifiée, il ne reste que la torre del Oro et des portions de remparts en pisé. En 1248, l'entrée dans la ville du roi de Castille Ferdinand III mettra fin à la domination musulmane à Séville.
 

Toute la dualité de la mémoire andalouse est inscrite dans cette collision architecturale

 

Ainsi avisés, nous pouvons nous couler dans le rythme de la ville ; flâner dans le tracé labyrinthique (typique des médinas) des ruelles de la Juderia ; admirer d'émouvants balcons fleuris ; déboucher sur l'irrésistible placette Doña Elvira noyée sous le jasmin, les bougainvillées et les orangers ; jeter un coup d'œil furtif aux patios enchanteurs couverts d'azulejos (autre héritage arabe) du Callejón del Agua.
Toujours à pied, car prendre la voiture pour découvrir Séville tiendrait de la folie. Se perdre donc, puis plonger vers l'extravagant vaisseau de pierre, la cathédrale. Joyau incontournable aimantant la ville entière, il en résume tous les fastes.
Par où commencer? Il semble judicieux d'envisager avant tout une visite de la Giralda. Non seulement parce que sa façade, composée d'entrelacs et de chevrons, affiche une élégance rare, mais aussi parce que, avec ses 97 mètres, elle fut longtemps la plus haute tour du monde. Sa silhouette à la fois puissante et élancée est connue sur toute la planète. C'est en quelque sorte la tour Eiffel sévillane. Difficile donc d'éviter les cohortes de touristes déversées par les pullmans climatisés.
 
Mais ce qu'il est intéressant de savoir est que son architecte Ibn Baso voulut qu'elle ressemblât comme une sœur jumelle aux minarets de Rabat (tour Hassan) et de Marrakech (la Kutubiyya), autres fleurons de l'architecture almohade. Avec la cour des ablutions (ou patio de los Naranjos), c'est ce qui reste de l'ancienne grande mosquée édifiée en 1172 par le calife Yacoub Youssouf.
Une véritable merveille au dire des voyageurs musulmans de l'époque, supplantée au XVe siècle par cette vertigineuse cathédrale gothique. Les cinq nefs, l'enfilade de piliers ouvragés, les boiseries sculptées, la débauche d'or et d'argent des chapelles frôlent la provocation. Mais toute la dualité de la mémoire andalouse est inscrite dans cette collision architecturale et cette fusion improbable de la croix et du croissant.
On ne quittera pas les lieux sans apprécier le tombeau de Christophe Colomb et les superbes vitraux du XVIe siècle représentant des scènes de l'Ancien Testament.
 
Pour ceux qui désirent rêver au milieu de la douceur de vivre qui émane de l'architecture musulmane,le palais de l'Alcazar est une solution de choix. Une succession de cours rectangulaires parcourues de canaux et de fontaines, ainsi que de somptueuses salles vous y attendent. Ces coupoles en bois ouvragé, ces murs tapissés de remarquables azulejos, ces plafonds à caissons richement décorés, ces colonnettes finement travaillées ont été bâtis plus d'un siècle après la réunion de l'Andalousie à l'Espagne.
Car, malgré la Reconquista, l'art musulman, très prisé par les souverains chrétiens, s'est perpétué sous l'appellation d'art mudéjar. Un terme qui signifie «soumis» et qui s'appliquait aux musulmans autorisés à demeurer sur le territoire.
Le style mudéjar, synthèse de l'art musulman et du goût chrétien, unique et propre à l'Espagne, orne de ses arabesques, de ses arches polylobées, de ses broderies de pierre ce temple d'un art de vivre voluptueux.
 
Ne pas rater toutefois l'unique salle subsistant du palais almohade, le patio del Yeso.
Ses arcades ciselées, en partie ajourées et couvertes de stuc, sont autant d'évocations de la sophistication de cette dynastie. Le long du palais se succèdent des jardins époustouflants de beauté, aux tonnelles et aux allées secrètes, plantées de palmiers, de magnolias et de massifs de fleurs, rafraîchies de jets d'eau, de fontaines bruissantes et de bassins souterrains. Le matin, l'air alourdi d'effluves y est d'une miraculeuse pureté.

 

Les remparts des jardins de l'Alcazar. Crédits photo : Bruno Mazodier .

 

Autre manifeste de l'art mudéjar, la Casa de Pilatos, une demeure aristocratique devenue le symbole de la Renaissance à Séville, et aussi l'un de ses plus beaux palais.
Ses arches abritent une étonnante statuaire romaine et grecque, dont une sculpture d'Athéna du Ve siècle avant J.-C.
Après avoir emprunté l'escalier en marbre gris décoré de beaux azulejos, on débouche dans une salle ornée de fresques Renaissance représentant poètes et empereurs de l'Antiquité. Les plafonds et la table du salon des Fumeurs, non loin, atteignent l'acmé de la marqueterie mudéjare. S'émerveiller devant La Mort du taureau dans les arènes, de Goya (salon del Torreon), puis flâner dans les paisibles jardins aux accents italiens.
 
Mais les idées de luxe et d'oisiveté que suggèrent des lieux aussi poétiques ne sauraient faire oublier l'autre facette d'Al-Andalus. Celle des cités perchées aux allures de bastions militaires, des bourgades agricoles lovées au creux des vallées et des villages blancs qui ponctuent les crêtes de la sierra de Cadix et de la serranía de Ronda. Ruelles étroites, petites maisons cubiques soigneusement blanchies, grilles noires, œillades rouge vif des géraniums leur donnent des allures de médina. Campée à l'entrée de la route des Villages blancs (Pueblos blancos), un réseau de villes-citadelles développé par les musulmans, Arcos de la Frontera semble suspendue dans l'espace.
 
Dressée au sommet d'une impressionnante falaise avec son château construit par la dynastie des Ben Jazrum, elle domine une des boucles du rio Guadalete.
Au-delà d'Arcos de la Frontera, la terre revêt par endroits la couleur des latérites africaines et, sur ces vallonnements cuivrés où avancent les oliviers comme une armée en ordre de bataille, la beauté est partout. Des bouquets de palmiers et de cactus surgissent à chaque instant.
Les villages perdent leurs tuiles au profit de terrasses, la chaux des murs se fait plus éclatante, les clochers ont la sveltesse des minarets qu'ils furent jadis.

 

Campée à l'entrée de la route des villages blancs , Arcos de la Frontera semble suspendue dans l'espace... Crédits photo : Bruno Mazodier .

 

Au fur à mesure que l'on s'approche de l'océan, l'Europe s'éloigne. Le Maroc n'est pas loin… A l'extrémité de la péninsule, à partir d'Algésiras ou de Tarifa, par temps clair, on aperçoit comme du haut d'un balcon la magique Ifriqiya. L'Afrique, berceau des savants arabes des cours de Cordoue, Séville et Grenade, traducteurs de l'héritage d'Aristote et d'autres penseurs.
Quotidiennement, un ferry relie les deux continents séparés de seulement 14 kilomètres, et, vue du large, Tanger la Blanche «semble presque riante (…), avec ses murs d'une neigeuse blancheur, sa haute casbah crénelée et ses minarets plaqués de vieilles faïences», comme l'observait Pierre Loti au cours d'une mission diplomatique.
 
A peine a-t-on débarqué, le vent de l'imprévu souffle sur cette ville. On y perd le sens du jour, de l'année, de l'époque où l'on vit.
 
La route principale partant du port fait vite place à des rues, les rues à des ruelles et, quand celles-ci deviennent trop étroites pour que le taxi puisse passer, on continue à pied au milieu d'une foule animée, en compagnie de Rachid Tafersiti, écrivain, fin connaisseur des arrière-cours des vieux palais et des méandres de la médina.
 
Concentrés sur les détails d'un lacis de plâtre sculpté, d'une porte à vantaux richement peinte, d'un patio pavé de zelliges, nous avons plus d'une fois perdu tout repère. Notre carte mentale de la ville est devenue floue, s'est effacée et nous ne savions plus de quel côté se trouvaient l'océan, le Petit le Grand Socco (souk, en espagnol) que nous avions traversés. «Une de nos plus belles illustrations de l'architecture arabo-andalouse, après la grande mosquée (convertie un temps en cathédrale!) et ses délicats cartouches floraux, est le palais de la Kasbah», s'exclame-t-il.

 

Le palais Maulay Hafid (Actuel Palais des Institutions à Tanger). Crédits photo : Bruno Mazodier .

Autre survivance artistique mêlant art musulman et art chrétien, le palais des Institutions italiennes (ancien palais Moulay Hafid) déploie de vastes salles d'apparat et un magnifique jardin andalou. Mais l'église St. Andrew's, dont le clocher à base carrée se dresse comme un minaret, reste l'exemple le plus singulier.
A l'intérieur, l'arc finement exécuté ouvrant sur le chœur est serti d'un bandeau où court en arabe le Notre Père! Une symbiose déconcertante qui reflète le mouvement incessant d'hommes partis islamiser l'Espagne et fuyant, sept siècles plus tard, la Reconquista. Une ère où la pensée et la création artistique ont connu de belles heures…
 

 

Cernés de murailles almohades, les jardins de l'Alcazar  sont de véritables oasis au coeur de Séville. Crédits photo : Bruno Mazodier
 
 
 

Adriana Bilbao, une étoile montante du flamenco, contemple l'architecture sévillane, où arts musulman et chrétien se mêlent et s'entremêlent délicieusement. Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.
 
 
 
Le palais de la Plaza España à Séville mélenge les styles néorenaissance, gothique et mudéjar. Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.
 
 
Les azulejos, céramiques peintes , au pied du palais de la Plaza de España, racontent, par ordre alphabétique, l'histoire de 48 des 50 provinces espagnoles (manquent les villes autonomes de Ceuta et de Melilla). Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.
 
 

Construit sur ordre du Roi Alphonse XIII d'Espagne pour héberger les hôtes VIP de l'Exposition ibéro-américaine en 1929, l'hôtel Alfonso XIII montre une architecture caractéristique médajer : larges voûtes tours en fer forgé et magnifiques ornements en brique et céramique. Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.

 

 

Promenade le long du canal Alfonso XIII, ici, rue Betis. Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.

 

 

La Giralda, aujourd'hui clocher de la cathédrale de Santa Maria, est le monument emblématique de la ville de Séville. Les deux tiers inféreurs de la tour correspondent au minarest de l'ancienne grande mosquée de Séville (XIIème siècle). Le tiers supérieur a été ajouté en 1586, à l'époque chrétienne, pour accueillir les cloches. Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.
 
 
L'hôtel Casa Grande,  un havre dans le village perché d'Arcos de le Frontera. Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.
 
 
Vue sur le détroit depuis le café Hafa dans le quartier Marshan de Tanger. En toile de fond, les côtes espagnoles. Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.
 
 

Rue Riad Sultan. Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.

 

 

La terrasse du café Hafa dans le quartier Marshan, à Tanger. Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.
 
 
Le marché des dames du rif, au pied de l'église anglicane St-Andrew's. Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.
 
 
Vue sur les toits de Tanger depuis la terrasse de l'hôtel Dar Sultan. Crédits photo : Bruno Mazodier pour le Figaro Magazine.
 
 
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My name is Danièle...

Hypersensible, hyperémotive, je suis une écorchée vive. Franche et sincère, l'injustice, la malhonnêteté, le mensonge me révoltent... Point fort : courageuse. Point faible : l'affectif est mon talon d'Achille ! Mes refuges : le beau, l'élégant, le rare, le précieux, l'amitié, le partage... La nature, les animaux...

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