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La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

RV sur le blog d'une curieuse ! Curieuse de TOUT ! Tout m'intéresse ! Difficile à gérer ! Esthète, aussi, je vais spontanément vers les arts (peinture, sculpture, dessin, photo, la danse classique et l'opéra passionément !...) Mais, les sujets de société, notre alimentation, notre santé, le règne animal, l'environnement m'interpellent tout autant ! Et puis, j'ai mes révoltes !... )

Publié le par Danièle
Publié dans : #RETROMANIA, #CULTURE ET POESIE..., #HISTOIRE

INFIRMIÈRES ET MARRAINES (1/4) - Dès la proclamation de la guerre, les femmes revêtent en masse l'uniforme blanc et rejoignent comme bénévoles les rangs des infirmières.

 
 
 

Les hommes partis au combat, les femmes se mobilisent et 70.000 bénévoles s'engagent rapidement aux côtés des infirmières diplômées. La demande de personnel soignant est forte: outre les 754 hôpitaux militaires, 1400 hôpitaux auxiliaires gérés par la Croix Rouge seront aménagés dans des écoles, hôtels ou châteaux. Des femmes médecins qui ne sont pas autorisées à exercer dans les hôpitaux militaires, préfèrent servir leur patrie comme infirmières plutôt que rester à l'arrière.

L'infirmière, l'«ange blanc» qui soigne et réconforte le soldat blessé est une véritable icône de la Première Guerre Mondiale. Elle forme avec ses pairs la «quatrième armée» glorifiée dans les colonnes du Figaro sous la plume d'Emile Bergerat (1845-1923), poète, auteur dramatique et gendre de Théophile Gautier.

Source: «Les anges blancs: naissance difficile d'une profession féminine» de Yvonne Knibiehler in «Combats de femmes 1914-1918: Les françaises, pilier de l'effort de guerre», Evelyne Morin Rotureau, collectif, éd. Autrement.

 

Article paru dans le Figaro du 29 décembre 1915

Les infirmières ou la «quatrième armée» (1915)

Groupe d'infirmières et de blessés pendant la 1ère guerre mondiale. Crédits photo : Musée de la Grande Guerre du pays de Meaux.

 

Notre France de 1914-1915 aura eu pour la défendre quatre armées, unies d'ailleurs en une seule quoique distinctes, -celle d'abord que les bonnes gens d'autrefois appelaient l'armée de la guerre,- puis l'armée des oiseaux, l'aérienne, -ensuite l'armée financière, dont Alexandre Ribot est le Joffre,- et enfin l'armée de la charité ou des infirmières.
 
Si une nation n'est qu'une grande famille ethnique, la participation guerrière de la femme, dans le rôle qui lui est propre, aux combats du chef de tente, en caractérise l'honneur et les pare de sa beauté patriarcale.
A nos aïeules gauloises, traînant leurs petits dans le char à bœufs et arrachant leurs blessés et leurs morts à la pique des légionnaires, Jules César, expert en courage, tire sa révérence. Il pourrait revenir en Gaule, la tradition est renouée. Mère, épouse, sœur, fille ou amante, la femme de chez nous est à son poste, ses armes pieuses à la main.
C'est notre quatrième armée, vous dis-je.
 
Voici donc pour un bon siècle le bec clos aux détracteurs sifflants et baveux de notre race. Ils n'avaient pas prévu la levée en masse de nos infirmières volontaires, les mauvais philosophes de la Force; ils ne s'attendaient pas à cet ost tumultuaire du sexe faible; ils n'en ont pas, il est vrai, la «réserve» à Berlin, ils ne sauraient l'avoir; question d'ethnologie. Il faut être du pays de Jeanne d'Arc pour en comprendre le phénomène; c'est du latin.
 

Le Général Pétain décore de la Croix de Guerre une dame de la Croix Rouge blessée dans les bombardements. Crédits photo : Rue des Archives/RDA.

L'idée que la brute germaine se fait de l'infirmière, vous la connaissez de reste, exemple, preuve et doctrine, par ce haut fait d'armes qu'est le meurtre de miss Edith Cavell.
Ils l'ont prise pour une walkyrie. Leur stupeur est profonde d'entendre le monde entier crier à l'assassinat. Est-il donc, pensent- ils, moins lâche de bombarder un hôpital plein de blessés que de fusiller la femme ennemie qui les soigne? Moins lâche, non, mais plus boche, voilà tout.
 
Dans l'une de ces monographies passionnées, où Michelet chante les vertus de la femme, celle qui anime le plus son verbe d'apôtre est la puissance curative et consolatrice qu'elle a sur les malades.
Elle est à ses yeux le médecin idéal et de ce fait seul qu'elle est la souffrante éternelle et qu'aucune douleur, physique ou morale, ne lui est inconnue. Il ne nie pas, bien entendu, la nécessité de la direction savante de l'Esculape à la conduite de la cure, car il n'avait pas prévu la doctoresse, brevetée et diplômée, du féminisme. Il laisse à l'homme, naturellement moins sensible, la stratégie d'une lutte où le sang-froid commande la manœuvre, mais comme Vincent de Paul, dont l'âme par moments semble souffler en lui, il rêve de voir la pitié collaborer avec la science au chevet de l'hospitalisé et il y place la sœur de charité du «grand aumônier des galères de France».
 
Cette sœur de charité idéale s'est incarnée dans l'infirmière française de 1914-1915 et la guerre en a multiplié par milliers d'exemplaires le type chrétien -et latin- interdit au pangermanisme. Et voilà notre quatrième armée.

 

[…]Ce qu'il faudra conter aux enfants dans les écoles, c'est que la mobilisation de la quatrième armée s'est faite toute seule, sans appel de l'Etat, sans conscription ni prêche de croisade, par enrôlement libre et spontané, aux premiers cris des blessés et des mourants de la bataille initiale. A peine le canon s'était-il tu à Charleroi que déjà, en uniforme blanc croisé de rouge, cent mille femmes de tout âge, de tout rang social, de toutes croyances, se dressèrent au pied de cent mille lits ou couchettes, face aux faiseurs de cadavres, et déroulant leurs bandelettes. Palais, hôtels, villas, maisons, appartements ou chaumes, tout habitacle ayant toit et âtre eut à sa porte une hôtesse militante et intrépide qui hébergea un ou plusieurs des navrés de la famille nationale et se voua à leur guérison. Quand elles n'en avaient pas à leur saoul de dévouement, elles allaient en chercher sous la grêle des mitrailles, au milieu des incendies, dans la boue sanglante et les broussailles ténébreuses. Elles aussi, elles donnaient leur vie, mais, comble de l'héroïsme, sans combattre et sachant qu'on les assassinait, torturait et violait, les saintes martyres de la foi de France. Telle fut la quatrième armée, et telle elle est encore.
Si ce n'en est pas une, qu'est-ce donc, je vous le demande? En est-il de mieux organisée et de plus résolue à tous les sacrifices? Quelle autre l'emporte en discipline? Elle a, en ses médecins et chirurgiens, des cadres admirables qui la mènent. Elle se plie à tous les services, même aux plus répugnants. Elle abonde en outillage, j'allais dire en munitions, si les ressources thérapeutiques sont aussi des outils de bataille. Elle sourit à tous les défis de l'humanité. Il n'est de périls du cataclysme auxquels elle ne s'offre à toute minute de l'heure sans autre bouclier que le double désarmement de son abnégation et de sa faiblesse. Un Milton n'aurait qu'à copier pour peindre une armée d'anges.
D'innombrables hospices improvisés sur tout le territoire meurtri de la patrie sont comme d'autres tranchées sanitaires où nos combattantes d'amour tiennent tête à la frénésie dévastatrice des gorilles savants lâchés sur la civilisation par les dieux faméliques de la barbarie à lunettes. Elles leur arrachent les victimes à demi dévorées devant lesquelles la mort hésite encore et elles les rendent à la vie, doublés de force, ivres de courage, invaincus de la liberté, Lazares du droit ressuscités.

 

En sus de son grand corps régulier échelonné sur le front et les ailes, l'armée des infirmières a encore, pour les reconnaissances, des avant-gardes libres, faisant besogne de francs-tireurs, qui se postent à l'aventure dans les ruines croulantes des églises, des écoles, des mairies et de tous édifices démantelés où reste encore un pan de muraille calcinée. Campées dans les éboulements avec leur matériel de guerre, trousse, charpie et pharmacopée, elles attendent leur heure et s'élancent. Leurs fils, frères et maris sauront ce qu'il en tombe! Il leur arrive souvent de se méprendre, ou, dit-on, de fermer les yeux, dans les fumées asphyxiantes ou non où les belligérants se confondent et de ramasser un peu pêle-mêle, amis ou ennemis, tous ceux qui hurlent à l'aide et appellent uniformément leur mère. La cathédrale de Reims est le type des asiles mixtes où elles commettent cette erreur internationale et font leurs prisonniers. C'est de leur faute aussi si les Allemands, qui ne conçoivent pas plus le franc-tireur que l'infirmière -ni Clausewitz ni Bernhardi n'en traitent- de sacrifier à la fois l'église et leurs propres blessés pour démolir ces terribles walkures. Les soldats de Bochie, commandés pour le peloton d'exécution d'Edith Cavell, refusèrent, paraît-il, de tirer sur elle. Quelques-uns avaient été soignés et guéris par ses propres mains. Ils eurent tort, c'était une «soldate» de la quatrième armée. Elle avait seulement dépassé la frontière et planté le drapeau dans le camp ennemi, d'abord parce qu'elle était très courageuse, et ensuite parce qu'il n'y a pas de carte de la bonté et qu'elle attend ses géographes.
par Emile Bergerat.

 

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INFIRMIÈRES ET MARRAINES (2/4) - La Parisienne n'est plus frivole, elle est l'incarnation du sacrifice et de l'abnégation au service des soldats.

 
 
 

L'académicien Maurice Donnay (1859-1945) dresse dans une conférence relatée par le Figaro, un portrait de la parisienne d'avant-guerre «esclave de la mode» devenue une figure maternelle dévouée entièrement aux soins des blessés.


Extrait d'un article paru dans le Figaro du 21 mars 1915

La physiologie de l'infirmière (1915)

Des blessés sont accueillis par les infirmières à la gare du Nord en 1916.
Crédits photo : Rue des Archives/Tallandier.
 
La Parisienne hier et aujourd'hui, et présentée par Maurice Donnay. Ce titre et ce nom suffisent. Vous devinez, n'est-ce pas? Ce qu'il y eut d'esprit et d'émotion, de charme et d'élégance, de psychologie profonde et légère, de sourire attendri dans la causerie exquise qu'applaudirent hier les abonnés de la Société des Conférences. Mais il fallait encore entendre le conférencier:
[…] En ces dernières années, la Parisienne est devenue le jouet et l'esclave de la mode:
«Tout ce qui touche à sa peau, à ses cheveux, à ses sourcils, à ses ongles, à sa forme, à son corps périssable, prend un caractère mystérieux ésotérique, sacré, et même universitaire. Il y a des instituts de beauté, des académies de teinture, des écoles normales de manucures...
 
Représenter, paraître, éblouir, éclabousser, faire plus qu'on ne peut, c'est, avant la grande guerre, le mal dont nous mourons. Ce mouvement somptuaire nous emporte vers on ne sait quoi, mais vers quelque chose, une révolution, ou une guerre...
Ce fut la guerre. Alors, soudain, du jour au lendemain, du haut en bas de l'échelle mondaine, la Parisienne va être transformée, ou plutôt, elle va se retrouver et, avec courage et tendresse, elle va faire son devoir, tout son devoir.»
Et M. Maurice Donnay pense d'abord aux «dames blanches»:
 
Carte postale de 1915. Crédits photo : Rue des Archives/PVDE
 
La physiologie de l'infirmière, ce serait une étude émouvante! Sous les voiles blancs, il y a des cheveux gris ou blancs; celles-là, ce sont les mamans, elles ont un ou des fils au front, dans les tranchées, et chaque blessé qu'on leur amène, c'est leur enfant. Elles ont pour lui des soins et un dévouement maternels, ce qui faisait dire à un petit qui avait trois blessures: «Que voulez-vous, on est bien abîmé, heureusement qu'il y a partout des mamans pour le soldat!» Parfois, une de ces mamans est en train de présenter une tisane ou bien d'écrire à une autre mère pour lui donner des nouvelles: «Il va mieux, il va bien, il est guéri». On vient la chercher, on lui apprend que son fils à elle, que son fils a été tué. Elle s'en va, elle revient deux jours après, et elle reprend sa place auprès de ses blessés.
J'en connais une qui est revenue dans ces conditions. Comme c'était son tour de garde, elle a voulu passer la nuit auprès d'un cas grave: une amputation du bras à la suite de gangrène gazeuse. Le pauvre petit qui va mourir appelle sa mère que l'on n'a pas pu prévenir, qui demeure trop loin, qui arriverait trop tard. «Je veux que maman m'embrasse». Oui, mon petit, elle est en route, dès qu'elle arrivera, on vous l'amènera. La voix se casse, le regard s'éteint, la sueur baigne son corps, inonde son front. Alors, l'infirmière qui vient de perdre son fils s'incline sur le front brûlant et moite et y pose ses lèvres longuement, jusqu'à ce que le cœur du jeune héros ait cessé de battre; mais sous ce baiser, l'enfant avait encore dit: «Maman, maman», avec un vague sourire.
La «dame blanche» n'est pas seulement maternelle, elle est dévouée jusqu'à l'héroïsme. Une piqûre anatomique est vite attrapée, la fièvre est contagieuse. Son blessé, son malade la paie en sentiment:
Reconnaissance, admiration, et aussi, pourquoi pas, un mélange de coquetterie et de galanterie françaises, oui, c'est de tout cela qu'est fait ce sentiment. Et eux pour l'exprimer ce sentiment, ont parfois des mots de poète et de chevalier. Il arrive que ce soit des ouvriers et des paysans qui trouvent ces mots-là.
Une infirmière prend quarante-huit heures de congé. Après six mois, ce n'est pas excessif. Quand elle revient, un petit dragon lui dit: «La salle est grande quand vous n'êtes pas là». Un tirailleur algérien guéri va rejoindre son régiment. En partant, il dit à la dame qui l'a soigné: «Si moi blessé encore, reveni près de toi; si moi mouri, mouri pour toi!» Et, prenant la main de la dame, il la porte à son front. Et il s'en va!» […]
par Ch. Dauzats.
 
 
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Publié 20.08. à 09:06

INFIRMIÈRES ET MARRAINES (3/4) - L'infirmière britannique Edith Cavell accusée d'espionnage et exécutée en Belgique par les Allemands en 1915, fait partie des grandes héroïnes de la Première Guerre Mondiale.

 
 
 
Fille de pasteur anglican, Edith Cavell (1865-1915) grandit dans le Norfolk. Son diplôme d'institutrice en poche, elle quitte l'Angleterre et travaille pendant cinq ans comme gouvernante en Belgique. De retour dans son pays natal pour soigner son père malade, elle apprend le métier d'infirmière qu'elle exerce quelques années à Londres.
En 1906, le docteur Antoine Depage l'appelle à Bruxelles pour prendre le poste d'infirmière en chef de l'Institut Berkendael puis celui de directrice générale de l'école d'infirmières.
 
Quand la Belgique est envahie, son destin change: l'Institut dans lequel elle travaille est transformé en hôpital de la Croix-Rouge de Belgique où les soldats allemands son soignés. Placée à un poste stratégique, Edith Cavell est rapidement sollicitée par des soldats anglais, français et belges pour faciliter leur passage vers la Hollande neutre. Elle participe alors activement au réseau d'évasion mis en place avec la princesse Marie de Croÿ. Entre l'automne 1914 et juillet 1915, date de son démantèlement, le réseau de 66 membres aurait permis l'évasion de quelques 200 soldats.
Dénoncés, les premiers membres de l'organisation sont arrêtés le 31 juillet 1915, Edith le 5 août. Elle livre des aveux complets pendant les interrogatoires et ne cherche pas à se défendre. Son procès vite expédié, elle est condamnée à mort pour haute trahison le 11 octobre 1915 et, malgré les protestations internationales, exécutée le lendemain matin à 7 heures.
L'émotion et l'indignation dans les pays alliés sont immenses: le martyre de l'infirmière britannique suscite en Angleterre une vague de nouveaux engagés volontaires prêts à en découdre avec l'ennemi. Les récits plus ou moins fantaisistes de son attitude héroïque face à la mort construisent le mythe et Edith Cavell devient, avec le Lusitania (paquebot britannique coulé par les Allemands le 17 mai 1915), le plus bel outil de propagande contre l'Allemagne honnie. Son corps sera rapatrié après la guerre et enterré chez elle à Norwich après une cérémonie à l'abbaye de Westminster le 15 mai 1919.
Pour plus d'informations : 
le site consacré à Edith Cavell edithcavell.org.uk

Article paru dans le Figaro 23 octobre 1915

Edith Cavell, une infirmière héroïque (1915)

Edith Cavell  en uniforme noir, aux côtés du Dr Depage , avec ses élèves infirmères. Crédits photo : Rue des Archives/Mary Evans

 

L'indignation grandit en Angleterre
 
Londres, 22 octobre.
L'indignation provoquée par l'exécution de miss Cavell, cette infirmière anglaise dont le crime était d'avoir aidé des Anglais et des Belges à aller remplir leurs devoirs militaires, a encore augmenté à la suite des détails qui ont été reçus de la légation des Etats-Unis à Bruxelles et que nous avons publiés hier.
D'autre part, un Belge qui s'est entretenu avec un ami intime de miss Cavell, avant de quitter Bruxelles a donné quelques détails sur le jugement de la nurse britannique et sur sa mort.
Comme le président du Conseil de guerre lui demandait si elle avait quelque chose à ajouter pour sa défense, ou si elle consentait à signer une demande de pardon au Kaiser, miss Cavell se borna à hausser les épaules et sortit de la salle.
 
Edith Cavell, infirmière et martyre.
Credits photo : Mary Evans/Rue des Archives
 
Elle se montra aussi brave devant les fusils allemands qu'elle l'avait été devant les conseils de guerre; elle refusa de se laisser bander les yeux et fixa à son corsage, pour mourir, un petit drapeau anglais.
 
Même l'horrible attentat contre le Lusitania n'émut pas le peuple anglais autant que les détails donnés officiellement sur l'exécution de miss Cavell et dont les journaux sont remplis.
Cette exécution a été le thème des orateurs qui, à Trafalgar Square, discouraient en faveur du recrutement.
 
Au pied de la colonne de Nelson, décorée à profusion de fleurs, un officier, s'adressant aux centaines de mille personnes venues rendre hommage aux héros britanniques, s'est écrié :
Qui donc vengera le meurtre de cette Anglaise magnifique!
L'évêque de Londres, dans le sermon qu'il a prononcé à l'église Saint-Martin, le jour de l'anniversaire de la bataille de Trafalgar, a dit:
Les iniquités commises par les Allemands en Belgique et le crime qui a détruit le Lusitania seront rappelés à jamais dans l'histoire, mais le meurtre commis de sang-froid de cette fille de la Grande-Bretagne parce qu'elle avait donné asile à des réfugiés, fera pâlir l'horreur de ces crimes dans l'opinion de l'univers.
 
Qu'est-il besoin à présent de conscription? Trois millions d'Anglais, d'Ecossais et d'Irlandais sont résolus à savoir pourquoi cette jeune fille a été assassinée.
Tous les journaux se livrent aujourd'hui à des commentaires ardents sur ce que l'un d'eux appelle le crime le plus odieux de toute la guerre.
Le Times écrit:
En dehors de l'Allemagne, il ne se trouve pas en Europe un seul homme qui puisse lire cette histoire sans éprouver une honte et une pitié profondes.
Le journal s'attend à une explosion de la part de la presse neutre qui étonnera, dit-il, les disciples de la kultur.

Article paru dans le Figaro 1er novembre 1915

 

A la Mémoire de miss Cavell

Une adresse des femmes françaises

La Croisade des femmes françaises, qui a son siège social, 8, place Edouard-VII, adresse aux femmes anglaises le message suivant :
 
Sœurs d'Angleterre,
Les femmes de France s'unissent à vous dans les sentiments d'horreur, d'admiration et d'indignation dont vos cœurs sont transportés en face du martyre d'Edith Cavell.
Nous, Françaises, nous voulons vous affirmer que cette tragédie nous émeut comme vous-mêmes. Nos larmes coulent avec vos larmes, nos mains se tendent vers vous avec une étreinte plus tendre et plus forte qu'auparavant.
Sachez que nos soldats sont aussi résolus que vos nobles volontaires à venger une victime innocente, modèle de patriotisme, dont la fin sublime sera un exemple à jamais.
 
Edith Cavell réunissait en elle les plus hautes qualités que nous admirons en vous toutes. Elle a marché au supplice en véritable Anglaise, tranquillement, pieusement, fièrement, portant sur son cœur, qu'une mort affreuse allait briser, les couleurs de sa patrie.
Elle est notre sœur, à nous aussi, ô sœurs d'Angleterre. Nous vous aimerons mieux en elle. Son image adorable nous représente votre image à toutes.
Honneur à l'Angleterre, qui s'enorgueillit de telles filles! Les femmes de France contribueront avec vous à la glorification de cette pure héroïne.
Et nous puiserons ensemble dans son souvenir, femmes d'Angleterre et femmes de France, l'énergie d'accepter jusqu'au bout les plus dures nécessités d'une guerre qui doit libérer le monde et faire justice d'un peuple de bourreaux.
Cette adresse est signée du comité de la Croisade des femmes françaises, lequel se compose de:
Mmes Juliette Adam, Victor Augagneur, Adolphe Brisson, Alphonse Daudet, Marcel Delanney, Mlle Jeanne Déroulède, Mmes Camille Flammarion, la marquise de Ganay, la comtesse Greffulhe, Madeleine Lemaire, Daniel Lesueur, Raymond Poincaré, V. Rigaud, la duchesse de Rohan, J. Siegfried, la duchesse d'Uzès douairière, René Viviani et Emile Zola.
 

Les rues Cavell

La rue Edith Cavell, à Lisbonne. Photo capture Google maps.

Les conseillers municipaux de Bruxelles, dans une séance secrète, ont décidé de donner le nom de miss Edith Cavell à une des principales rues de la capitale, dès que les circonstances le permettront.
Suivant un télégramme de Lisbonne, le Conseil municipal de la capitale du Portugal a décidé à l'unanimité de donner le nom d'Edith Cavell à une importante nouvelle avenue de Lisbonne.
 
 
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INFIRMIÈRES ET MARRAINES (4/4) - Afin de soutenir le moral des soldats des régions occupées, l'institution des marraines de guerre est créée en janvier 1915.

 
 
 
La détresse des soldats originaires des régions du Nord et de l'Est envahies par l'ennemi, et sans nouvelles ni secours de leurs familles, a ému le pays tout entier. Les femmes de la bonne société lance alors l'idée généreuse des «marraines de guerre» pour apporter du réconfort à ces pauvres garçons par des lettres et des colis réguliers.
 
L'association «La famille du soldat» voit le jour en janvier 1915 suivie de «Mon soldat» soutenue par le ministre de la guerre Alexandre Millerand. De nombreux journaux, dont Le Figaro, encouragent ces initiatives et servent d'intermédiaire entre les associations, les femmes désireuses de devenir marraines et les soldats.
 
D'inspiration catholique, ces œuvres dirigées par des dames patronnesses soucieuses de moral et de patriotisme sont rapidement dépassées par l'afflux des demandes de soldats et par le glissement qui s'opère dans la nature des correspondances.
 
De mère ou sœur de substitution, la marraine est devenue jeune femme à séduire ou séductrice. Les petites annonces quittent les pages des journaux sérieux pour celles des revues grivoises, Fantasio et La Vie Parisienne. La bonne société s'offusque, les autorités s'inquiètent de l'utilisation des marraines comme moyen de renseignement par l'ennemi et, dès 1916, le nombre de marraines décroit fortement. Des mariages seront cependant célébrés après la guerre entre des soldats et leurs marraines.

Article paru dans le Figaro du 19 juin 1915

Des marraines de guerre pour les soldats (1915)

Brevet de marraine illustré par Victor Descaves, 1916. Photo : Musée de la Grande Guerre du pays de Meaux.

 

Une œuvre

Vers les plus pauvres de nos soldats, des «marraines» sont venues; et cette aide apportée spontanément par la tendresse des femmes à l'indigence héroïque des jeunes gens sera l'une des beautés de la Grande Guerre; et l'on ne pourra pas évoquer plus tard la prodigieuse tragédie de 1915 sans y voir apparaître ces deux figures: l'Infirmière et la Marraine.
 

Mais il y a des misères si timides et des héroïsmes si malchanceux, qu'on a du mal à les découvrir, même en les cherchant; il y a de petits soldats qui mériteraient une marraine, et qui ne la trouvent pas. C'est pour eux que vient de se constituer, sous le haut patronage du ministre de la guerre, une œuvre nouvelle: Mon soldat 1915.

Elle a dès maintenant sa maison: c'est l'hôtel de feu M. Jameson, généreusement mis à la disposition des fondateurs, pour tout le temps de la guerre, par M. Robert Jameson fils, actuellement mobilisé.

Cette œuvre a pour objet de venir en aide aux soldats nécessiteux, et plus particulièrement à ceux des pays envahis, qui, depuis le début de la guerre, ne reçoivent ni nouvelles, ni secours de leurs familles.

En attendant de leur avoir trouvé le protecteur ou la protectrice, que de plus heureux ont rencontrés déjà, l'œuvre subvient à leurs besoins par des envois de linge et d'objets de première nécessité.

Mais pour assurer ces secours, il faut de l'argent! Le comité a donc constitué une caisse qui est alimentée par des dons volontaires, et il a décidé la création de trois catégories de membres: les membres bienfaiteurs qui versent 100 francs par mois, pendant la durée de la guerre; les membres fondateurs qui versent 20 francs par mois, et les membres adhérents qui versent un franc, et adoptent un soldat.

Toute contribution sera reçue avec reconnaissance par le comité, que préside Mme Philippe Bérard; les envois sont centralisés à la Banque Equitable Trust C°, 23, rue de la Paix, ou au siège de l'Œuvre, 8, avenue Velasquez, au parc Monceau.

Bonne chance à Mon soldat; ce qui équivaut à dire: Bonne chance à nos soldats!

[…]

par Emile Berr.


Article paru dans le Figaro du 2 novembre 1916

 

Marraines

Le lieutenant-colonel directeur de l'hôpital militaire belge du cap Ferrat adresse à la direction du Figaro cette lettre touchante:

Monsieur le Directeur,
M'autorisant de votre bienveillante sympathie pour tous ceux qui souffrent physiquement et moralement de la guerre, j'ai l‘honneur de vous prier de bien vouloir me faire parvenir l'adresse des marraines désireuses de suppléer, auprès de quelques-uns de nos hospitalisés belges particulièrement déshérités, la mère qui se languit de son gars, la sœur trop pauvre pour lui envoyer ces friandises plus appréciées que la nourriture.
Au regret du pays perdu, du foyer souvent dévasté, se joignent pour nos protégés les angoisses de leur santé.
 

Plus que tous les autres, ils ont besoin de mots affectueux, de ces lettres pleines de soleil et de tendresses maternelles. La plupart des femmes belges, qui ne sont pas sous le joug de l'envahisseur, veillent au chevet des malades et ne possèdent pas leurs ressources d'avant la guerre.

La femme française excelle dans ce rôle si délicat et si élevé de consolatrice.

Voulez-vous, monsieur, être assez bon pour m'aider à découvrir les âmes généreuses qui aideront au réconfort et à la guérison morale, prélude très souvent de la santé recouvrée?

Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de mes sentiments très distingués.

Le lieutenant-colonel,

Directeur de la gestion,

H. LOPPEUR.

 

Si quelques-unes de nos lectrices sont désireuses de répondre à ce touchant appel, il nous semble que le plus simple pour elles est d'écrire directement au dévoué directeur de l'hôpital militaire belge du cap Ferrat. Mais il est bien entendu que nous transmettrons nous-mêmes leurs offres généreuses à l'œuvre, si elles le préfèrent.

Article paru dans le Figaro du 15 février 1917

 

Marraines

Nous recevons cette lettre
13 février 1917.

Monsieur,

Etant rapatrié d'Allemagne et sans relations, je vous serais reconnaissant si vous pourriez me mettre en rapport avec une correspondante sentimentale. (Sic.) Dans l'espoir… etc.

Le signataire est un infirmier à qui nous regrettons de ne pouvoir procurer l'honnête joie qu'il sollicite. Mais nous l'avons maintes fois dit, et puisque la poste continue de nous apporter quotidiennement, par paquets, des lettres semblables à celle-ci, nous sommes bien obligés de le redire encore:

Nous ne tenons compte sauf exceptions, bien entendu que des lettres apostillées par des chefs. Et s'il s'agit d'une demande de marraine, nous laissons de côté sans exception tout billet dont le signataire nous déclare ingénument ou nous laisse entendre avec esprit que ce qu'il cherche, c'est une liaison «désintéressée»; le plaisir de correspondre avec une femme dont, en général, le signalement sommaire nous est fourni.

 

Quelques-uns, tel le rapatrié dont on vient de lire la lettre s'en remettent à nous du soin de choisir leur correspondante. Mais même si cette liberté nous est laissée, nous préférons nous abstenir. Il y a diverses raisons à cela, sur lesquelles nous nous sommes expliqués. En un mot, l'idylle n'est pas notre affaire.

 


Article paru dans le Figaro du 6 septembre 1917

 

Marrainissime

Je trouvai cette jeune fille notez que c'est une vraie jeune fille, très limpide, et du modèle le plus correct, dans un état d'angoisse qui touchait à la consternation. Elle tenait une lettre à la main, la dépliait, la repliait, la remettait dans l'enveloppe sans timbre (F. M.) pour l'en tirer de nouveau. Manifestement, un cataclysme imprévu venait de casser quelque chose de fragile sur l'étagère de ses préoccupations habituelles, et l'esprit de cette jolie personne se heurtait aux complexités d'un problème moral.

Elle me dit

- Je suis bien ennuyée. Voilà un de mes filleuls qui m'annonce qu'il arrive en permission et qu'il viendra me faire visite demain matin, à onze heures. Or, j'ai invité à déjeuner un autre de mes filleuls, qui est en permission aussi, et, ils vont se rencontrer. Quelle histoire!

- Eh bien ils fraterniseront. Quoi de plus naturel?

-Ah c'est que chacun d'eux se figure être mon seul filleul. Tous mes filleuls, dans leurs lettres, me demandent si je n'ai qu'eux. Et naturellement, à tous, je réponds oui.

- Tous vos filleuls! Mais combien en avez-vous?

- J'en ai sept!

- Sept?

- Sept! Il y en a de toutes les armes deux artilleurs, un fantassin, un chasseur à pied, un dragon et deux aviateurs; et de tous les grades: simple-soldat, sergent, maréchal des logis, sous-lieutenant et lieutenant. Ils m'ont, tous, envoyé, leurs photographies: j'ai découpé les têtes et je les ai collées les unes à côté des autres, dans un petit cadre qui est sur la cheminée de ma chambre. Comme ça, je les ai, sous les yeux, ensemble. C'est ma collection!

- Bien entendu, tout cela n'est que flirt, fantaisie et littérature épistolaire. Mais pourquoi mentir à ces pauvres garçons, leur faire croire à chacun qu'ils sont votre seul filleul?

- Ils me disent bien que je suis leur seule marraine. Qui me prouve qu'ils ne mentent pas, eux aussi? Il y a des filleuls qui cumulent, vous savez!

- Vous êtes sceptique!

- Je suis avertie.

Bien sûr! bien sûr! Tout de même, -et je sais que ma jeune fille n'est pas une exception!- s'il est vrai que la polygamie (cas pendable!) sente la corde, ne trouvez-vous pas que cette polyandrie, toute platonique qu'elle soit, sent un peu le fagot, révérence parler, en tout bien tout honneur?

par Louis Marsolleau.

 

 

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My name is Danièle...

Hypersensible, hyperémotive, je suis une écorchée vive. Franche et sincère, l'injustice, la malhonnêteté, le mensonge me révoltent... Point fort : courageuse. Point faible : l'affectif est mon talon d'Achille ! Mes refuges : le beau, l'élégant, le rare, le précieux, l'amitié, le partage... La nature, les animaux...

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