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La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

RV sur le blog d'une curieuse ! Curieuse de TOUT ! Tout m'intéresse ! Difficile à gérer ! Esthète, aussi, je vais spontanément vers les arts (peinture, sculpture, dessin, photo, la danse classique et l'opéra passionément !...) Mais, les sujets de société, notre alimentation, notre santé, le règne animal, l'environnement m'interpellent tout autant ! Et puis, j'ai mes révoltes !... )

Publié le par Danièle
Publié dans : #RETROMANIA, #CULTURE ET POESIE..., #HISTOIRE

Le Figaro vous propose une sélection des lettres de combattants parues dans ses colonnes entre 1914 et 1916. Ici, l'attente et l'ennui dans le port de Salonique en Grèce.

 
 
 

L'ouverture d'un second front balkanique en 1915 pour prendre à revers l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie se solde par un premier désastre dans le détroit des Dardanelles face aux troupes ottomanes. Les troupes alliées se replient alors sur le port de Salonique (Thessalonique) en Grèce et, constituées en Armée d'Orient avec ce qui reste de l'Armée serbe, elles mènent le combat contre les Bulgares entrés en guerre.

Le camp de Salonique se transforme en camp retranché où l'on se bat contre de nouveaux ennemis intérieurs: la dysenterie, la malaria, le paludisme et le scorbut. Le ravitaillement se faisant plus difficile, les soldats assèchent les marais et mettent les terres en culture. Ils y gagneront le sobriquet lancé par Clemenceau, vivement opposé à l'ouverture de ce front d'Orient, de «jardiniers de Salonique».

Ce n'est qu'en 1918 qu'une grande offensive préparée par le général Guillaumat est lancée avec succès sous le commandement du général Franchet D'Esperey et que les troupes bulgares sont écrasées. L'armistice met fin à l'avancée de l'armée d'Orient dans les Balkans mais les combats continuent contre les bolchéviques. Les soldats ne seront démobilisés qu'en 1919.

En savoir plus : Les jardiniers de Salonique par Le Souvenir français, délégation générale des Hauts-de-Seine.


Article paru dans le Figaro du 1er mai 1916

 

Salonique : « Je deviens le fournisseur de lecture de tout le bataillon » (1916)

Les troupes coloniales françaises à Salonique, en Grèce,  en mai 1916 durant la Grande Guerre. Crédits photo :Rue des Archives/MEPL

 

Salonique, avril 1916.

...Vous me comblez vraiment! J'ai reçu il y a quelques jours un colis de livres, celui que je croyais coulé avec la Provence, et aujourd'hui me parvient encore un copieux envoi. Je deviens le fournisseur de lecture de tout le bataillon, et avec la monotonie de notre existence actuelle, vous devinez si j'ai des clients fidèles. Aussi je vous remercie de tout cœur pour moi et pour tous ceux qui profitent de l'amabilité du Figaro.

 

Chaque fois que je reçois ainsi des livres, je ne peux m'empêcher de penser à un petit incident des premiers jours de la guerre. Nous arrivions à Villeron, deux jours avant notre entrée en ligne à Barey. J'avais sur mon sac deux revues qu'un aimable cousin m'avait données au moment où nous montions sur le bateau qui nous amenait en France. Notre commandant passe près de moi et, d'un geste un peu vif, saisit mes revues et les jette par-dessus un mur, en me disant: «Vous vous figurez qu'on a le temps de lire, à la guerre?»

Le pauvre commandant était, comme nous tous, plein d'illusions: Nous devions, tambour battant, rejeter les Boches hors de France et, en quelques semaines, leur imposer la paix! Il devait être tué héroïquement quelques jours après à Crouy et n'a pas connu les loisirs forcés, les longues heures d'ennui et le réconfort que vous apporte un peu de lecture. Ici, en particulier c'est, avec la correspondance, la seule distraction que l'on puisse avoir.

Nous sommes installés au bord d'un des bras du Vardar aux eaux boueuses. Notre camp s'étend sur un terrain sablonneux, au milieu des tamarins (sic), des saules et des ronces qui poussent en grosses touffes. Nos petites guitounes, sous lesquelles nous eûmes si froid à notre arrivée à Salonique, ont été remplacées par des tentes marabout plus confortables et des baraquements en planches. Seuls les Serbes, nos voisins, ont conservé les petites tentes individuelles.

 

Les cuisines, les popotes d'officiers, les heureux du camp assez indépendants pour s'offrir un home, sont installés dans des cagnas où l'ingéniosité de chacun s'est donné libre cours. Les unes sont en terre, d'autres en roseaux ou en joncs ou en clayonnages; la plupart combinent dans des proportions variables ces différents matériaux de construction; seule la pierre fait complètement défaut; on en chercherait en vain à plusieurs kilomètres à la ronde.

C'est dans toutes ces constructions que se fait sentir, comme sur beaucoup d'autres points, le profond individualisme de notre race: aucune ne ressemble à sa voisine; on s'inspire de ce qui est déjà fait, mais on ne copie pas; on ne fait pas toujours mieux, mais on fait autrement. Le poilu est artiste: il crée.

Le camp est vide tout le jour. Dès le réveil, les compagnies partent au travail et ne rentrent que le soir. Pour éviter toute perte de temps, les cuisines roulantes apportent les repas sur les chantiers. Depuis près de trois mois, le régiment organise le secteur, et vous ne pouvez-vous imaginer la masse de terre qui a été remuée. On creuse des tranchées, qui sont ensuite clayonnées pour éviter les éboulements; on établit des fortins, des abris bétonnés et, dans ce sol marécageux, c'est souvent avec de l'eau jusqu'aux genoux que l'on travaille.

 

Vous ne vous étonnerez pas que cette activité fébrile, fort bien dirigée, ait fait de Salonique un formidable camp retranché dont les Boches ne sont pas pressés de s'approcher. Ils y sont pourtant venus, il y a quelques jours, avec un zeppelin et ont jeté quelques bombes le long du Vardar ; mais vraiment ça manque d'intérêt pour des Parisiens, car vous aussi vous avez eu vos zeppelins.

Hier matin une escadrille de taubes est passée au-dessus de nos têtes, se dirigeant sur Salonique qui a été copieusement arrosée. Plusieurs immeubles démolis, une vingtaine de Grecs tués; le maire turc a adressé une protestation indignée au Roi, qui protestera sans doute à son tour.

Mais ce qui impressionnera beaucoup plus les Boches, qui n'en sont plus à une protestation près, c'est que quatre de leurs appareils ne rentreront pas chez eux. Depuis le début de la guerre c'est, je crois, la première fois qu'une incursion aérienne aura été aussi sévèrement châtiée par les nôtres.

Tout cela n'a qu'un intérêt relatif, lorsque tant d'héroïsme se dépense à Verdun. Tous nos cœurs, toutes nos pensées sont là-bas comme les vôtres. Mais peut-être le jour n'est pas loin où vous penserez à nous.

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My name is Danièle...

Hypersensible, hyperémotive, je suis une écorchée vive. Franche et sincère, l'injustice, la malhonnêteté, le mensonge me révoltent... Point fort : courageuse. Point faible : l'affectif est mon talon d'Achille ! Mes refuges : le beau, l'élégant, le rare, le précieux, l'amitié, le partage... La nature, les animaux...

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