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La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

RV sur le blog d'une curieuse ! Curieuse de TOUT ! Tout m'intéresse ! Difficile à gérer ! Esthète, aussi, je vais spontanément vers les arts (peinture, sculpture, dessin, photo, la danse classique et l'opéra passionément !...) Mais, les sujets de société, notre alimentation, notre santé, le règne animal, l'environnement m'interpellent tout autant ! Et puis, j'ai mes révoltes !... )

Publié le par Danièle
Publié dans : #RETROMANIA, #CULTURE ET POESIE..., #HISTOIRE

Le Figaro vous propose une sélection des lettres de combattants parues dans ses colonnes entre 1914 et 1916. Ici, la prise de la chapelle de Notre-Dame de Lorette pendant la seconde bataille d'Artois.

 

L'Artois est le théâtre de violents affrontements entre décembre 1914 et octobre 1915. L'armée française tente de reprendre le contrôle des lieux stratégiques qui dominent la plaine de Gohelle et le bassin minier du Pas-de-Calais.
Après l'échec d'une première attaque en décembre 1914, les Français reprennent l'offensive le 9 mai 1915 sur la crête de Vimy. Le 12 mai, le 21e corps d'armée commandé par le général Maistre se lance à l'assaut de la colline Notre-Dame de Lorette qui culmine à 165m et sur laquelle une chapelle a été transformée en fortin par les Allemands.
Les combats y sont très durs et particulièrement sauvages. La colline en gardera le surnom de «colline sanglante». Comble de l'horreur, les obus qui s'abattent en continu sur les soldats, déterrent les corps des soldats tombés les mois précédents. L'attaque est malgré tout un succès avec la prise de la colline et des villages de Carency et d'Ablain-Saint-Nazaire mais l'offensive est stoppée sur la crête de Vimy. Les opérations seront suspendues le 25 juin.
Cette seconde bataille de l'Artois aura coûté plus de 100.000 hommes (tués et blessés) à l'armée française qui échouera de nouveau à l'automne 1915. La crête de Vimy sera finalement reprise aux Allemands en avril 1917 par les troupes canadiennes.
Après la guerre, les corps de plus de 40.000 soldats dont 22.000 inconnus, seront inhumés sur la colline de Lorette dans la plus grande nécropole française inaugurée en 1925.
Le récit saisissant, rédigé par un capitaine, de l'assaut de Notre-Dame-de-Lorette fait partie des premières lettres de combattants reproduites dans le Figaro qui expriment la «boucherie» des combats.
 
Source: Les Chemins de mémoire de la Grande Guerre du Comité régional de tourisme du Nord-Pas-de-Calais

Article paru dans le Figaro du 9 juin 1915

En Artois : « Pendant toute la nuit, une lutte de sauvages s'engage » (1915)

Des combattants français de la Grande Guerre en tenue d'assaut - 1918.
Crédits photo : Rue des Archives/Tallandier
 

La Prise de la Chapelle

L'officier signataire de cette admirable lettre, que veulent bien nous communiquer ses parents a été décoré de la Légion d'honneur à l'issue même du combat qu'il raconte. Elle donne une idée de ce que furent les luttes soutenues le mois dernier.

20 mai 1915.

Le 12 mai, une grande agitation régnait sur le plateau. Le haut commandement avait fait venir mon commandant et lui avait donné l'ordre d'enlever la chapelle, coûte que coûte. [texte censuré*]

Ma compagnie a l'honneur d'être désignée comme compagnie d'attaque et l'on m'envoie reconnaître les positions de départ. [texte censuré*]

Les chasseurs à pied qui garnissent la tranchée de départ nous regardent avec intérêt, d'abord parce que c'est le grand coup que nous allons donner, et puis aussi parce que tout le monde est sûr que la chapelle est minée et que l'on est persuadé que la compagnie de tête sautera avec elle.

 

Je donne mes derniers ordres, puis le coup de sifflet, et nous courons pendant près de 200 mètres (ce qui est énorme pour une attaque de ce genre) au milieu de trous d'obus plus creux que la hauteur d'un homme. Nous prenons trois tranchées pas très garnies mais la moitié de ma compagnie est par terre en arrivant à la chapelle, car nous avons fait ce trajet sous les feux croisés de trois mitrailleuses.

Mon sous-lieutenant, qui est chef de comptabilité à la Banque de France dans l'habitude de la vie, mais qui est aussi un lion sur un champ de bataille, saute à la tête de 10 hommes dans le fortin qui entoure la chapelle et en fait fuir deux sections allemandes. Nous étions à la chapelle, mais la tâche était rude ...[texte censuré*], lorsque mon lieutenant (un instituteur charmant) fit signe à la compagnie du capitaine X… Sans hésiter, il embarque sa compagnie derrière la mienne, grâce aux tranchées que nous venions de prendre. Il me rejoint et est tué, un instant après m'avoir serré la main. Je prends le commandement de sa compagnie qui, [texte censuré*], et, pendant toute la nuit, une lutte de sauvages s'engage.

Les positions que nous occupons ont la forme d'une cuiller dont les tranchées conquises forment le manche et la chapelle le gros bout.

Par les tranchées, l'on nous fait parvenir du renfort et des munitions, pendant que nous sommes attaqués de trois côtés.

 

Le lendemain, voyant qu'ils ne pouvaient nous expulser par des assauts, n'ayant peut-être pas pu nous faire sauter, grâce à la précaution qu'avait prise M…, de couper de gros fils électriques que des explosions d'obus avaient mis à jour, les Allemands recoururent au bombardement. Toute leur artillerie de la région fut concentrée sur le petit espace que nous occupions à la crête du plateau, et je prie humblement Dieu de ne jamais me mettre de nouveau dans le milieu d'enfer où je me trouvais.

D'énormes obus broyaient morts et vivants sans interruption; nous ne respirions plus qu'une fumée épaisse et nauséabonde, tout sautait, tout sifflait autour de moi. Les renforts que l'on m'avait envoyés, fondaient en un rien de temps et j'étais sans cesse obligé d'en demander de nouveaux que je mélangeais à la poignée de héros que j'ai l'honneur de commander.

Il ne pouvait être question de nous passer des vivres et nous sommes restés plus de vingt-quatre heures sans manger.

 

Quel spectacle. Quand jour et nuit le pied ou la main glisse sans cesse sur des choses innommables qui ont été des corps humains, quand de ces choses sans nom l'on a devant soi une épaisseur de quatre hommes, l'on se sent bien peu de chose et cela donne des idées religieuses aux plus sceptiques. Et cela dura cinq jours et pendant cinq jours mon colonel, qui assistait à cet embrasement de la chapelle, disait à son officier d'ordonnance: «Comment voulez-vous qu'une compagnie tienne dans cet enfer ? Ce n'est pas possible !»

 

Monument aux morts à Notre-Dame-de-Lorette en mémoire des soldats tombés lors de la première guerre mondiale.
Crédits photo : Rue des Archives/RDA

 

Et nous avons tenu. Nous avons tenu jusqu'au moment où un gros 210 tomba à 2m50 de moi, broyant tout ce qui m'entourait et m'enterra avec cinq autres soldats. Nous nous dégageâmes, et comme aucun de nous n'était blessé, nous prîmes nos képis à la main et nous nous mîmes à genoux et nous remerciâmes tous N.-D. de L. de nous avoir sauvés.

Peu de temps après d'ailleurs, l'on put enfin nous relever. Et quand je redescendis du plateau avec la poignée d'hommes qui avait été deux compagnies, tous pleuraient de fatigue et d'énervement.

Certains (et j'étais du nombre), les yeux enfoncés dans la tête et la bouche contractée, claquaient des dents tout haut sans pouvoir s'arrêter; avec nos vêtements tout déchirés et toutes nos personnes couvertes de sang et de débris de cervelle, nous étions affreux à voir, mais la chapelle était à nous.

Capitaine X.

 

* Depuis la loi du 5 août 1914 rétablissant la censure, le Ministère de la Guerre contrôle les articles avant leur parution. Lorsque le journal est déjà parti à l'imprimerie, le cliché est gratté et les «blancs» correspondant aux passages censurés sont toujours visibles dans l'article.

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My name is Danièle...

Hypersensible, hyperémotive, je suis une écorchée vive. Franche et sincère, l'injustice, la malhonnêteté, le mensonge me révoltent... Point fort : courageuse. Point faible : l'affectif est mon talon d'Achille ! Mes refuges : le beau, l'élégant, le rare, le précieux, l'amitié, le partage... La nature, les animaux...

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