Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

RV sur le blog d'une curieuse ! Curieuse de TOUT ! Tout m'intéresse ! Difficile à gérer ! Esthète, aussi, je vais spontanément vers les arts (peinture, sculpture, dessin, photo, la danse classique et l'opéra passionément !...) Mais, les sujets de société, notre alimentation, notre santé, le règne animal, l'environnement m'interpellent tout autant ! Et puis, j'ai mes révoltes !... )

Publié le par Danièle
Publié dans : #RETROMANIA, #CULTURE ET POESIE..., #HISTOIRE

Le Figaro vous propose une sélection des lettres de combattants parues dans ses colonnes entre 1914 et 1916. Ici, l'ennui et le froid dans un poste d'observation.

Extraits de l'article paru dans le Figaro du 12 janvier 1915

Un jeune officier : « Pauvres moulins à vent! » (1915)

Soldats français et anglais dans un poste d'observation pendant la Grande Guerre. Crédits photos : Rue des Archives/BCA

 

DANS UN MOULIN

On nous communique cette série de jolies lettres, écrites à sa mère par un jeune officier d'artillerie pendant les nuits de garde passées dans un moulin, poste central d'une importante position :

 

20 novembre.

Ma maman chérie,

Je t'écris pour me réchauffer le cœur à défaut de pouvoir en faire autant pour les pieds et les mains.

Cette nuit, je suis de garde au poste de commandement du général: c'est tout en haut d'une colline boisée sur un éperon qui domine la plaine; une vieille tour de moulin s'y dresse encore, ébréchée par un obus de 210 qui est entré juste dedans, par le haut, comme un palet dans un tonneau. […]

L'autre nuit, il a fait moins 9; aussi, ce soir, j'ai empilé sur mon respectable corps: un gilet de flanelle, une chemise, une ceinture de flanelle faisant trois fois le tour, un tricot à manches envoyé par maman, un gilet de peau doublé de Rasurel envoyé par tante Ch., un chandail de laine envoyé par la mère inconnue d'un jeune dragon, une veste chaude reçue récemment de mon tailleur, une couverture de laine, un passe-montagne tricoté par Mme P. J.; et je m'apprête à dormir en paix si les Boches le veulent bien. […]

Mon bout de bougie n'a plus que deux centimètres; après je serai bien forcé de renoncer aux lettres, mais je m'endormirai en pensant à vous tous.

Bonne nuit, maman!

HENRI.

 

25 novembre, 20 heures.

Ma chère maman,

Encore une lettre de mon moulin, ou plus exactement du petit cabanon en terre, bois et paille qui se dissimule sous les sapins en avant du moulin.

 

Pauvres moulins à vent! Ils étaient autrefois une dizaine sur le plateau et dans cette vallée, à faire tourner au vent leurs grandes ailes de toile. Abandonnés par les hommes, dépouillés peu à peu de leurs toits crevés et de leurs charpentes pourries, ils n'avaient plus conservé que leurs maçonneries massives, épaisses d'un mètre; et leurs tours nues se dressaient à l'extrémité des éperons boisés, au sommet des crêtes de ce magnifique paysage, sans autre but que celui de souvenir. Mais il était écrit que ces vieux n'attendraient pas tranquilles la mort par le temps, pierre à pierre?

Depuis plus de deux mois, la guerre s'acharne autour d'eux, parce qu'ils marquent les points culminants du sol qu'on s'arrache; la moitié sont encore français, les autres entendent chanter en allemand les travailleurs qui fouillent leurs bases. Chacun d'eux a vingt ou trente pièces d'artillerie braquées sur lui, jour et nuit, et les coups qu'il reçoit viennent d'un de ses frères de jadis.

Bonne nuit.

HENRI.

[…]

 

De mon moulin, 6 décembre 1914, 19 heures.

Ma chère maman,

De nouveau vingt-quatre heures à garder les Boches. C'est une occupation fatigante pour les yeux, mais très intéressante, que celle de surveiller la plaine à la jumelle; tout d'un coup, accompagné du sifflement et du craquement caractéristique, de gros flocons gris sale apparaissent sur la route, sur le bois en triangle, sur nos tranchées. On essuie les verres de sa jumelle et on écarquille les yeux pendant un quart d'heure, une demi-heure au plus, pour essayer de saisir dans un de ces cent bois qui s'étalent en face de nous près d'un des vingt villages qui peuplent la plaine, une lueur instantanée, une pâle fumée traînant dans les cimes des arbres, qui décèlera la batterie ennemie, et, à leur tour, nos grosses pièces se mettent à tonner pour faire taire les canons allemands en les abrutissant d'obus qui soulèvent des gerbes de vingt mètres de haut. Avant de cesser le combat, les Allemands essaient bien d'envoyer sur les batteries qui les ennuient les plus volumineux paquets de leurs caissons, mais nos abris sont solides et les artilleurs allemands sont maladroits.

 

Une occupation intéressante aussi consiste à inspecter le paysage lointain - au delà de la portée du canon, c'est- à-dire à plus de 10 kilomètres, - pour regarder les allées et venues des soldats boches à travers les routes, les champs, les villages. De même qu'on découvre au microscope des animacules qui se meuvent dans une goutte d'eau d'apparence limpide, de même on aperçoit dans le champ de la lunette, une infinité de petites scènes, depuis la marche lente des convois sur les routes, les évolutions des cavaliers promenant leurs chevaux, jusqu'aux opérations laborieuses des fantassins qui viennent baisser leur culotte à l'endroit réglementaire près du mur blanc, là-bas.[…]

Bonne nuit, maman! Bonne nuit, Madeleine!

 

8 décembre, 20 heures.

Ma chère maman,

Toujours de mon moulin, moelleusement étendu sur la paille qui recouvre mon «sommier métallique», je m'apprête à passer une nuit tranquille si les Boches le veulent bien. Nuit splendide; le clair de lune domine la vallée qui, sous le brouillard, apparaît comme une mer d'où émergent quelques îlots sombres, les crêtes allemandes.

Au-dessus de ma tête, mon appareil téléphonique; plus loin le sapeur de service près de son standard. Il suffirait que je décroche l'écouteur qui est là au-dessus de la tête, à portée de ma main, pour pouvoir, si le général en chef voulait m'autoriser à utiliser la cascade des communications, appelée le 719.68 et dire «bonsoir maman»; mais rien à faire.

 

Mais comme on s'ennuie tout de même à côté d'un téléphone muet, les sapeurs ont inventé une distraction qu'ils me font partager; à l'heure où la nuit est venue; les lignes téléphoniques se reposent, ils s'appellent entre eux de divers postes: «Y a-t-il concert ce soir?», et à tour de rôle chacun pousse la petite chanson que j'écoute comme avec un théâtrophone. Au gourbi du général commandant le corps d'armée, le planton fait des tyroliennes épatantes; à la brigade, c'est un pitre genre Footitt; à l'aviation, c'est un chanteur de genre; à la division, le sapeur imite admirablement les cris du chien sur la patte duquel on marche. Et ça aide à passer la soirée. Tu vois qu'il n'y a pas à s'inquiéter de mon sort. Je suis gras au point de ne pouvoir mettre ma tunique de l'X: elle est d'ailleurs très usée et je vais l'abandonner avec sept années de souvenirs!

[…]

Je vous embrasse tous bien fort, bien fort.

HENRI.

 

 

Commenter cet article

My name is Danièle...

Hypersensible, hyperémotive, je suis une écorchée vive. Franche et sincère, l'injustice, la malhonnêteté, le mensonge me révoltent... Point fort : courageuse. Point faible : l'affectif est mon talon d'Achille ! Mes refuges : le beau, l'élégant, le rare, le précieux, l'amitié, le partage... La nature, les animaux...

Articles récents

 

 

 

Hébergé par Overblog