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La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

RV sur le blog d'une curieuse ! Curieuse de TOUT ! Tout m'intéresse ! Difficile à gérer ! Esthète, aussi, je vais spontanément vers les arts (peinture, sculpture, dessin, photo, la danse classique et l'opéra passionément !...) Mais, les sujets de société, notre alimentation, notre santé, le règne animal, l'environnement m'interpellent tout autant ! Et puis, j'ai mes révoltes !... )

Publié le par Danièle
Publié dans : #RETROMANIA, #CULTURE ET POESIE..., #HISTOIRE

Le Figaro vous propose une sélection des lettres de combattants parues dans ses colonnes entre 1914 et 1916. Ici, bravoure et fanfaronnade chez les médecins du front.

Les médecins envoyés sur le front affrontent dans leurs postes de secours ou les hôpitaux de campagne les mêmes risques que les soldats. C'est avec une attitude assez crâne, voire potache que les médecins dont les lettres sont publiées ci-dessous vivent cette guerre, du moins est-ce ainsi qu'ils en font le récit.

Article paru dans le du Figaro 15 décembre 1914

Un jeune médecin : « Plus tard je pourrai dire que j'ai été à la guerre » (1914)

Soldat français blessé et entouré de médecins et de membres de La Croix Rouge au poste de secours au Fort de Vaux lors de la bataille de Verdun en 1916. Crédits photos : Rue des Archives/Tallandier

 

Lettre adressée à son père par un médecin-major, en ce moment sur le front :

X..., 25 novembre.

Cher père,

Depuis ma dernière lettre, des événements assez sérieux se sont passés. Ils n'ont rien d'extraordinaire, mais ils avaient 420 mm de diamètre et contenaient 100 kilos de dynamite; 31 engins de cet acabit sont tombés sur mon ambulance. Je me hâte de te dire qu'ils n'ont eu pour résultat que de faire obtenir un galon à quinze de mes hommes.

Il est vrai qu'ils (les engins) ont tué ma vache (car j'ai une vache afin d'avoir du lait pour mes blessés); mais cela nous a procuré un excellent filet, ce qui est le dernier cri de la gentillesse à faire a un pêcheur.

Maintenant que maman est rassurée sur mon sort, je vais te raconter l'incident par le détail:

C'était le vendredi 18 de ce mois, à 8 h. 35. Après une nuit assez laborieuse, je venais de me coucher et je dormais assez profondément, lorsque tout à coup, brrroum! glingue! glingue!... Ce réveil-matin me fait dresser sur mon lit. Mes vitres volaient en éclats et mon édredon était couvert de plâtres et de terre.

Au même moment: psss! psss! broumm! un autre événement ébranla l'atmosphère et la terre.

Alors je me précipitai dans la cave, ma culotte et mes bottes sur le bras, déployant une bannière comme un parlementaire improvisé malgré lui, et là, sous l'abri tutélaire d'un calcaire très grossier, je mis une enveloppe vestimentaire à mon anatomie.

Le second obus de 420 venait de choir à 3 mètres de ma chambre à coucher.

 

La plaisanterie continuant, ce fut d'abord la cuisine de l'ambulance qui exhala vers les cieux le fumet de son rata. Puis, sous l'effet d'un nouveau bloc de fonte, la vaisselle du buffet tintinnabula dans la salle à manger.

Bientôt, le charmant hôpital, dont je suis le médecin-chef, trembla sur ses fondations, ma vache rendit l'âme devant celle plus puissante du canon ennemi, et c'est ainsi que, en moins d'une heure; de la plus chouette ambulance du jour, il ne restait plus que des ruines.

Heureusement que si la scène était détruite, tous les acteurs du drame restaient debout, et je n'eus à déplorer qu'une très légère blessure faite à un de mes infirmiers.

 


Article paru dans le Figaro du 26 décembre 1914

 

Extraits d'une lettre d'un jeune médecin auxiliaire à ses parents:

... Arrivé dans le poste de secours (1) où j'allais relever un médecin d'un autre régiment, j'ai eu immédiatement la visite d'un obus boche dans la pièce voisine de celle où je me trouvais. Impression désagréable; mais comme je ne m'y attendais pas, cela n'a pas eu d'autre importance. Le lendemain mardi (8 décembre), nous sommes repérés et canonnés. Un shrapnell éclate sur la route qui longe la maison; les autres, plus loin; pas d'incidents. Journée dont je me rappellerai: canonnés le matin sans résultats, canonnés le soir. Un obus tombe sur la maison d'en face; rien, sauf des dégâts matériels. Mais cela devient impressionnant, et mes brancardiers, vingt environ, se mettent à chanter à tue-tête pour ne pas entendre arriver les obus. Moi, je fais semblant de dormir, vers minuit, tout était fini.

Mercredi, journée calme, quant à nous. Cependant, comme je me promenais autour du poste, j'ai entendu à plusieurs reprises plusieurs «pstt» prolongés de balles, qui m'ont obligé à saluer de loin celui qui me les envoyait. - Jeudi, nouvelles balles; mais c'est fini, on y est habitué. Nouvelle canonnade.

Un brancardier, sans doute pour me mettre à l'épreuve, me propose de me raser pendant que les obus passent au-dessus du poste. J'accepte, et me mets devant la maison, en plein air. Je les ai tous épatés. Je n'ai pas bronché, j'étais habitué; il faut dire que j'avais remarqué que les obus n'étaient plus pour nous, mais pour le colonel logé plus loin.

Tous ces soldats sont vraiment chics et braves, en bon état, se moquant de tout. Un d'eux me racontait, et c'est vrai, qu'il était allé à quelques mètres des Allemands dépouiller de ses armes et papiers un officier boche. On lui a tiré dessus; il a laissé faire, et est revenu. Un autre jour il est parti entre les lignes allemande et française chercher des souvenirs, avec, pour se protéger, un parapluie qu'il a ouvert. Le parapluie que j'ai vu est criblé de trous; le bonhomme n'a rien eu, ou presque.

...Je me rappellerai cette nuit de mardi, où les obus éclataient de tous côtés, où les balles sifflaient partout, et où les fusées allemandes nous éclairaient pour mieux nous atteindre. Enfin, maintenant, je suis content; plus tard je pourrai dire que j'ai été à la guerre, et pourrai en parler à ceux qui sont restés dans les dépôts…

B.

 

(1) Dans une maison en ruines. Il n'y a plus de toit: les balles entrent dans la cuisine; tout cela fait courant d'air, et la pluie passe par le plafond.

 

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My name is Danièle...

Hypersensible, hyperémotive, je suis une écorchée vive. Franche et sincère, l'injustice, la malhonnêteté, le mensonge me révoltent... Point fort : courageuse. Point faible : l'affectif est mon talon d'Achille ! Mes refuges : le beau, l'élégant, le rare, le précieux, l'amitié, le partage... La nature, les animaux...

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