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La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

RV sur le blog d'une curieuse ! Curieuse de TOUT ! Tout m'intéresse ! Difficile à gérer ! Esthète, aussi, je vais spontanément vers les arts (peinture, sculpture, dessin, photo, la danse classique et l'opéra passionément !...) Mais, les sujets de société, notre alimentation, notre santé, le règne animal, l'environnement m'interpellent tout autant ! Et puis, j'ai mes révoltes !... )

Publié le par Danièle
Publié dans : #RETROMANIA, #CULTURE ET POESIE..., #HISTOIRE

Le Figaro vous propose une sélection des lettres de combattants parues dans ses colonnes entre 1914 et 1916. Ici, la musique fidèle compagne des soldats.

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La musique est très présente dans les tranchées, que ce soit par les chansons patriotiques, les chansons à la mode remaniées à la façon «poilus», ou par les instruments fabriqués sur place avec ce que l'on a à disposition: casseroles, caisses, bois patiemment sculptés, etc.


Article paru dans le Figaro du 30 novembre 1914

Un musicien : « C'est un bruit infernal » (1914)

Soldats français avec des instruments de musique improvisés (poêle, tonneau...) près d'Arras en 1915. Crédits photo : Laurent Erny/Rue des archives/Collection Lau

 

Le capitaine N. D..., le musicien si puissamment personnel, envoie du front, au chef d'orchestre de l'Opéra de Monte-Carlo, à M. Léon Jehin, la lettre suivante :
 
12 novembre.
Cher ami,
Je vois dans les journaux que Litvinne chante à Monte-Carlo et que tu y es: et je viens te donner de mes nouvelles, et te charger de mes souvenirs pour tous les amis. Jusqu'à présent, j'ai passé entre les gouttes, si l'on peut dire, et certains jours ça tombe bien. Je ne te dirai pas par quels moments, durs ou agréables, nous avons passé et passons encore; mais le moral est toujours excellent et la confiance absolue dans le résultat final, sinon prochain. J'ai d'excellents chevaux, et j'ai pu, en une circonstance surtout, m'apercevoir de l'utilité qu'il y a à être bien monté.
Mais parlons un peu musique.

 

En imitation des bruits de bataille, tout ce qui a été fait jusqu'à présent en musique, même dans Renaud, n'a aucune ressemblance avec la réalité, et il ne serait pas mauvais, pour les compositeurs, de venir entendre les diverses modulations et les accords faits par les «pétassons» de différents calibres dont ces cochons de Boches nous arrosent avec une prodigalité qui les mène à la ruine - ils semblent déjà faire des économies. C'est un bruit infernal, avec des hululements et des ronflements pour lesquels même le monstre (1) de Sainte-Marie ne serait pas suffisant.
 
Maintenant, dans les tranchées, c'est autre chose: harmonica, accordéons, flûtes, hautbois et instruments bizarres, et chansons qui n'ont rien de commun avec les lieds tristes ou sentimentaux qui sortent des caves boches, - à 15 mètres de distance par endroits.
 
Nous avons des musiciens ici: Wolff, le chef d'orchestre de l'Opéra-Comique, est parmi les brancardiers, il a une fort jolie voix de baryton; et le fils de Féraudy, autre ramasseur d'élèves macchabées, a un filet de ténorino très agréable. On fait un peu de musique, et même, le jour de la Toussaint, nous avons eu un Alléluia grégorien, qui ne valait pas Engelberg, mais était déjà trop beau pour être apprécié par l'auditoire.
Enfin, on s'occupe, et on s'amuse même souvent beaucoup.
 
La seule chose qui me dégoûte est le manque de soleil: si tu pouvais m'en envoyer un peu, ne te gêne pas.
 
Ma femme et mes enfants sont seuls à la villa, moins gais que moi. Si tu vas à Nice, va donner un tour de clef à leur moral.
 
Ci-joint une photo prise au poste de commandement, pendant la bataille, au moment où je surveillais un interrogatoire, par interprètes, d'un prisonnier; horreur! je fume la pipe!...
 
Amitiés à tous, et félicite Litvinne de ses compatriotes: s'ils continuent, ils nous débarrasseront de quelques corps, et alors!
Affectueusement.
 
(1) Allusion à la clarinette contre-basse de l'orchestre de Monte-Carlo.

 

Felia Litvinne dans la "Walkyrie" en avril 1907. Crédits photo : Rue des Archives/PVDE

La Litvinne

Felia Litvinne, de son vrai nom François-Jeanne Schütz, est une soprano russe naturalisée française. Elle naît à Saint-Pétersbourg en 1860 et grandit en Italie puis à Paris. Elle débute aux Italiens en 1882 dans Simon Boccanegra de Verdi puis à l'Opéra de Paris en 1890. Elle devient une grande wagnérienne mais c'est dans le rôle d'Alceste de Gluck qu'elle marque son temps. Elle meurt à Paris en 1936.

 


Article paru dans le Figaro du 15 mars 1916

 

L'accordéon

Ils étaient venus un soir, quelques Serbes, sous notre marabout, et dans la demi-lumière d'une bougie, au milieu de l'air enfumé par les cigarettes et les pipes, l'un d'eux se mit à jouer de l'accordéon. C'était, une mélopée lente, grave, presque religieuse, un de ces airs qui évoquent la tristesse des steppes immenses et la poésie de l'âme slave. Ses camarades, étendus sur nos maigres paillasses, écoutaient avec un sérieux qui nous empêchait de rire. Puis l'air s'anima et devint une danse très rythmée, une de ces danses sur lesquelles chacun de nous a vu danser quelque part, dans un casino quelconque, des Russes en blouse serrée à la ceinture avec des bottes molles et une toque ornée d'une aigrette étincelante.
 
Les yeux de ces braves Serbes, de grands gaillards à l'air doux, s'animaient, s'allumaient de plaisir, et se prenant par les mains, dans le petit espace resté libre au milieu des auditeurs, ils se mirent à danser avec des flexions de jambes, des passements de pieds, des coups de talon qui accentuaient la mesure. Au bout d'un moment, l'air se ralentit et la mélopée du début recommença.

 

L'accordéon passa ensuite dans les mains d'un Parisien, et toutes les scies connues, les airs entendus jadis au coin des rues barrées furent attaqués successivement. Ils avaient je ne sais quoi de touchant à faire pleurer, entendus si loin du pays, au milieu de ces zouaves et de ces Serbes unis pour une tâche commune!
 
Arrive bientôt un adjudant, un grand enfant malgré quelques années de coloniale, venu 2e classe au régiment au début de la guerre. L'accordéon éveilla sans doute en lui de vieux souvenirs de bombe dans les rues de Toulon, car, pris soudain du désir de l'avoir, il demanda au Serbe de le lui vendre. Celui-ci refusa d'abord. L'adjudant offrit davantage, et devant l'importance du prix et l'éloquence des billets bleus, il se laissa tenter et, avec un regard plein de regrets, il lâcha son accordéon...
 
Il est revenu ce soir, notre Serbe de l'autre jour. Il a demandé «la musique». Je l'ai envoyé dans le marabout voisin où loge l'adjudant; il est revenu avec l'accordéon, le retournant dans ses mains, essayant les notes, faisant longuement résonner les basses qui font penser aux larges envolées des orgues lointaines. Et à la même place où le marché s'était conclu il y a quelques jours à peine, il a repris sa mélopée poignante.
 
L'âme envahie de souvenirs, on aurait dit qu'il communiquait à son pauvre instrument les regrets de la séparation, la tristesse des soirées désormais sans musique, cette musique nostalgique qui vous serre le cœur quand vous pensez à la tristesse de leur sort, à tous ces pauvres gens qui ont tout abandonné, femmes, enfants, maisons, au lâche envahisseur! Je fus sans doute le seul à remarquer que ses yeux étaient humides et qu'une larme, qu'il a essuyée avec sa manche, glissait sur sa joue bronzée.
 
Il a joué encore longtemps, et lorsque l'heure de l'appel est venue, il a rendu son accordéon, et, d'un pas lent, s'en est retourné vers le camp serbe, tandis que le calme de la nuit s'étend sur toutes choses, que nos petites guitounes s'éclairent et que Vénus s'allume dans le ciel pur...
 
A. B., au camp de G..., 27 février 1916.
 
 
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My name is Danièle...

Hypersensible, hyperémotive, je suis une écorchée vive. Franche et sincère, l'injustice, la malhonnêteté, le mensonge me révoltent... Point fort : courageuse. Point faible : l'affectif est mon talon d'Achille ! Mes refuges : le beau, l'élégant, le rare, le précieux, l'amitié, le partage... La nature, les animaux...

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