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La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

RV sur le blog d'une curieuse ! Curieuse de TOUT ! Tout m'intéresse ! Difficile à gérer ! Esthète, aussi, je vais spontanément vers les arts (peinture, sculpture, dessin, photo, la danse classique et l'opéra passionément !...) Mais, les sujets de société, notre alimentation, notre santé, le règne animal, l'environnement m'interpellent tout autant ! Et puis, j'ai mes révoltes !... )

Publié le par Danièle
Publié dans : #RETROMANIA, #CULTURE ET POESIE..., #HISTOIRE

Le Figaro vous propose une sélection des lettres de combattants parues dans ses colonnes entre 1914 et 1916. Ici, la guerre au quotidien.

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Article paru dans le Figaro du 30 novembre 1914

Un artilleur : « Je commence à voir et savoir ce que c'est qu'une guerre » (1914)

Artilleurs français sur le front Ouest, le 5 juillet 1914 à Mourmelon le Grand. Crédits photo :  Rue des Archives/Tallandier.

 

JOURNAL DE CAMPAGNE

C'est le journal d'un jeune artilleur, un Parisien, qui vient d'envoyer à sa famille ces notes rapides, sincères, pittoresques, et où sans cesse la bonne humeur et l'attendrissement se mêlent au courage :
 
30 juillet: Exercice de mobilisation. - 31: Mobilisation sur pied de guerre, debout à 11 heures du soir.
 
1er août: Alerte. - 2: Retour d'alerte à Nancy. - 3: Départ à 3 heures du matin. - 4: Seichamp; déclaration de guerre à 5 heures du soir. Hourras! - 5: Seichamp. - 6 et 7: Départ à midi. Tir sur nos aéros sans résultat. On cantonne à Champenoux.
 
8 et 9 août: Mise en batterie. - 10: Départ à Faulx-sur-Pierre. On cantonne. Temps très chaud. - 11: Départ de Faulx-sur-Pierre. Garet est blessé au départ du bivouac. - 12: Retour à Champenoux. - 13: Alerte de nuit. Départ à la frontière. - 14: Terrible duel d'artillerie entre Arracourt et Rachicourt. Baptême du feu, cela me plaît, je craignais d'avoir peur la première fois, mais au contraire cela va bien.
 
15 août: En batterie devant Rachicourt, sur la frontière, sous une pluie de balles. On ouvre le feu à 11 h.1/2. - 16: Départ de nuit à Ezet pour cantonner à Juvelise. Temps déplorable, depuis trois jours nous sommes trempés sans nous sécher. - 17: Bivouac à Bézange-la-Petite. - 18: Départ à Moyen-Vie. On bivouaque à la ferme de Salivai (toujours en Alsace). Cette ferme est la plus grande que j'ai jamais vue, c'est un véritable village.
 
19 août: En batterie au-dessus de Dedeling. Le capitaine B... est tué. On bivouaque à Burlincourt. - 20: Temps épouvantable, la pluie tombe sans arrêt, je m'ennuie, je mangerais bien des friandises... Le soir, à la tombée de la nuit, attaque de l'infanterie ennemie: nous nous replions en bon ordre à Marville d'où l'on repart pour Manoncourt-en-Vermois. - 21: Repos a Manoncourt, je suis bien fatigué, je commence à voir et savoir ce que c'est qu'une guerre.
 
22 août: Mise en batterie sur les hauteurs de Coevillers; on mange force prunes, mirabelles et groseilles. - 23: Même position. On fait sauter les ponts de la Meurthe. - 24: Sans changement, on couche sur les positions. - 25: Sans changement. - 26: Départ à Hudivillers. Dans un fond, beaucoup de «boches» tués. On bivouaque. Assez beau temps. - 27: Temps superbe, ce qui égaie un peu. Bombardement à la ferme de Léaumont. - 28, 29, 30 et 31: On couche sur les positions. Tirs à démolir sur un observatoire.
 
1er, 2 et 3 septembre: Sans changement. Je vois mon camarade Testé, alors on casse la croûte ensemble, très heureux de se revoir.- 4: La batterie est bombardée à la nuit tombante; aucun blessé. - 5: En batterie entre Dombasle et Basiere-aux-Salines. Tirs de nuit. - 6: La batterie essuie le bombardement de pièces de 220; un caisson prend feu; Claude est blessé; Paul et Georges sont tués ainsi que le maréchal des logis G... et dix-huit chevaux.
 

Soldats français prenant un repas à Arras. Crédits photo : Rue des Archives/Tallandier

 

7 septembre: Même position. Je m'esquive avec Audebert et je vais à Rasières-aux-Salines, on achète des bonbons, des dragées, des gâteaux, et on peut trouver des oeufs, on mange à se faire mal, car c'est la première fois que pareille occasion se présente. - 8, 9 et 10: Sans changement, à part un horrible orage, trempés comme des soupes et pleins de boue. - 11 et 12: Bivouac à Dombasle; on boit du vin, si rare depuis la guerre. - 13 et 14: Dammartin-les-Toul, on me vole tout ce que j'avais pris aux Prussiens: une lance de uhlan, un casque et un béret; les hommes, et surtout les chevaux, sont exténués.
 
15 septembre: Départ pour Minorville; on passe à Nancy; réception seigneuriale. Vive le 20e corps! On nous donne vins bouchés, champagne, café, cigares, de tout, de tout, et des images religieuses, du pain tendre. - 16, 17, 18 et 19: Minorville, encore une pluie continue, nous sommes dans 20 centimètres de boue, et puis pas d'eau; près du bivouac passe une rivière boueuse, on prend l'eau, on fait le jus, on aurait dit du café au lait tellement l'eau était sale; enfin, ça réchauffe. Le soir on part à Blénod-les-Toul, en passant sous les forts je revois Testé. - 20: Barisey-la-Côte, embarquement.
 
21 septembre: Dans le train. On ne sait où l'on va mais vers minuit on passe à Troyes. Oh! lignes de Paris, je suis heureux. -5 heures matin, nous sommes à la gare de Versailles-Chantiers. Je cherche, je voudrais voir mes parents, qui me sont si chers et que je ne reverrai peut-être plus! Les dames de la Croix-Rouge nous donnent des boissons chaudes, du pain tendre, du chocolat, mais je m'en fiche, ce n'est pas cela que je voudrais. Le temps passe, le train siffle et part après avoir fait un arrêt de trois quarts d'heure. Je me colle dans un coin, je fais celui qui veut dormir, je me cache la figure et je pleure, moi, un soldat en guerre, qui a vu la mort, des blessés, sans émotion, là, je pleure et j'écris... jamais je n'ai eu le cœur si gros!
Nous passons à Neauphle, Maule, Saint- Pierre-de-Vouvray, où je suis venu en promenade pour m'amuser; aujourd'hui j'y viens pour tuer. On débarque à Serqueux et l'on va à Teniquières, je couche dans un lit. Le père de famille, me dit sa femme, est en guerre aussi; admirable réception ; le matin à deux heures je ne peux me lever tellement je suis bien ; jamais je ne recoucherai dans un lit, c'est trop dur pour en sortir ; il est vrai que voilà quatre-vingt-trois jours que nous n'avons pas couché dans des draps, car nous revenions du camp de Mailly lors de la mobilisation.
 
22 septembre: Essertaux, bivouac, un éclat d'obus vient couper net une raie de caisson et s'enfonce à deux centimètres de mon soulier.- 23: Cachy, on cantonne. Repos. - 24: Corbie, gentille ville, mais on part le soir à dix heures. - 25: Voyage de nuit, mise en batterie à Capy: mon camarade Tourtaud est blessé au front. - 26: Capy, on couche toujours dehors, les nuits sont fraîches. Depuis la mobilisation je blesse beaucoup aux pieds, le cuisinier (un réserviste de quarante ans) me conseille de marcher nu-pieds, nu-pattes, dans mes souliers, je l'écoute. - 27 et 28: On manque d'eau. Même position. Le soir en me couchant je n'ai pu m'endormir pensant à mes chers parents. - 29: Mise en batterie à droite d'Albert. - 30: Des aéros nous lancent des bombes. On couche sur les positions. Manque d'eau.
 
1er octobre: Je reçois onze lettres, car toutes ont du retard. - 2: Le lieutenant-colonel est blessé; des chevaux tués. - 3: Jour de mes vingt-quatre ans. J'ai failli être blessé ou tué: un obus tombe dans les avant-trains, les brigadiers Etienne et Gassent, blessés, Richart et Dequesne, blessés, chevaux tués.- 4: Alerte de nuit. En batterie devant Bray-sur-Somme. - 5: Réveil de nuit. En position à 3 h. 45. Le lieutenant Level est tué. On couche sur les positions. - 6: Tir sur l'infanterie toute la journée; c'est une vraie boucherie, avec une jumelle, on voit, en même temps que l'obus éclate, des corps qui sautent en l'air, ce sont des boches qui ne nous ennuieront plus.
 
7 octobre: Tir sur les tranchées. -8: Même position. - 9, 10, 11 et 12: Bivouac à Acheux. - 13: On cantonne à Bus. Repos.- 14: Mise en batterie. Un obus tombe près de nous, je n'ai rien, mais le maréchal des logis Villaumé est décapité, Bomisson blessé, Deslandre très gravement blessé au ventre, le capitaine est blessé. - 15 et 16: On fait des mises en batterie à Saint-Amand, où on bivouaque. - 17, 18 et 19: Même position. En route pour Pommier, d'où les Prussiens venaient de partir laissant six cadavres de nos chasseurs dans l'église.
 
20 octobre: On couche, moi et Vasseur, dans une cabane en bois et en paille qui s'écroule sur nous la nuit; vraiment, il y a un Dieu pour moi; le même jour, en écrivant avec Vasseur, un éclat de shrapnell vient s'enfoncer dans l'arbre derrière lequel nous étions; j'ai remarqué qu'à chaque fois que j'écrivais, les obus rappliquaient. Le cuisinier m'avait donné un très bon conseil, depuis un mois que je suis nu-pieds, nu-pattes dans mes chaussures, je n'ai plus froid aux pieds et je ne blesse plus du tout. Aujourd'hui, j'ai mis deux tricots, une ceinture de flanelle et une flanelle, au moins je n'aurai plus froid. J'ai acheté trois kilos de chocolat.
 
21 octobre: Je reçois six lettres. X... Nous sommes en batterie derrière Pommier. Le maréchal des logis Renard est blessé, défiguré; Arnould est déchiqueté; on va bivouaquer à Humbercant. - 22: Même position. J'ai trouvé une recette: je fais griller du pain et je le mange avec mon chocolat, rien ne peut rivaliser avec cela en campagne quand on n'a rien. Vasseur est toujours à ma pièce avec Paquotte qui, lui, ne m'a quitté depuis la mobilisation. Il fait très froid. On change de bivouac et nous venons en face de la Cauchie. Le soir à 4 heures, on a bombardé Monchy qui est en feu. Le soir, je me couche dans les tranchées de fantassins. Je suis gelé, j'ai de fortes coliques.
 
23 octobre: Je suis malade, toujours des coliques, je bois du lait et ne mange que du pain grillé avec du chocolat. On bombarde encore Monchy le soir; la nuit, les Allemands attaquent sans succès. - 24: Je bois un litre et demi de lait à 5 h. 1/2 le malin et je fais en plus un litre de chocolat avec Vasseur, mes coliques vont mieux. - 25 et 26: Je suis guéri, je mange comme un ogre; je mange trois ou quatre livres de chocolat. - 27: Aujourd'hui, reçu trois lettres, maman me dit qu'elle ne reçoit pas de nouvelles et cependant j'écris tous les deux jours.
 
 

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My name is Danièle...

Hypersensible, hyperémotive, je suis une écorchée vive. Franche et sincère, l'injustice, la malhonnêteté, le mensonge me révoltent... Point fort : courageuse. Point faible : l'affectif est mon talon d'Achille ! Mes refuges : le beau, l'élégant, le rare, le précieux, l'amitié, le partage... La nature, les animaux...

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