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La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

RV sur le blog d'une curieuse ! Curieuse de TOUT ! Tout m'intéresse ! Difficile à gérer ! Esthète, aussi, je vais spontanément vers les arts (peinture, sculpture, dessin, photo, la danse classique et l'opéra passionément !...) Mais, les sujets de société, notre alimentation, notre santé, le règne animal, l'environnement m'interpellent tout autant ! Et puis, j'ai mes révoltes !... )

Publié le par Danièle
Publié dans : #RETROMANIA, #CULTURE ET POESIE..., #HISTOIRE

Le Figaro vous propose une sélection des lettres de combattants parues dans ses colonnes entre 1914 et 1916. Ici, le premier combat.

En août 1914, se joue ce qu'on a appelé la Bataille des frontières. Les Français ont lancé l'offensive le 14 août en Lorraine et pénétré en territoire allemand. La 2e armée, sous le commandement du général Castelnau partie à l'assaut de Morhange subit une contre-offensive meurtrière le 20 août aux environs de Dieuze.


Article paru dans le Figaro 31 août 1914

Un sous-officier : « Votre petit a bien fait son devoir » (1914)

Soldats allemands traversant Dieuze, en Lorraine (alors allemande) en 1914.

Crédits photo : Rue des Archives/Sud Deutsche

 

Extrait de la lettre d'un sous-officier :

... J'ai depuis trois jours dans ma poche la lettre que je vais mettre avec celle-ci; elle a bien failli rester dans ma poche. Le lendemain (20) du jour où je vous l'écrivais, à Dieuze s'est livré un grand combat que je ne peux vous raconter dans son horreur, car la censure arrêterait ma lettre.
Nous avons battu en retraite avec honneur, lâchant un terrain déjà pris qui d'ailleurs a été repris hier par les 20e et 16e corps.
Beaucoup d'officiers et sous-officiers tués. Votre petit a bien fait son devoir: seul debout avec quinze hommes, j'ai soutenu mon colonel blessé et couvert la retraite; j'ai ramené mon colonel, l'ai hissé sur son cheval et ai repris ma place dans ma compagnie.
Mon capitaine m'a félicité, le colonel m'a dit que c'était très bien, puis m'a parlé de mon pauvre papa, me disant que je devais le remplacer dans notre armée et que si je continuais à faire mon devoir comme le 20 août, je gagnerais l'épaulette!

 

Mon sergent-major a reçu un obus qui lui a cassé les deux jambes, il se trouvait à cinq mètres de moi; les balles sifflaient, si je suis encore de ce monde c'est que je ne dois pas mourir. Le bon Dieu veut que je reste pour soutenir ma pauvre petite maman.
Notre corps étant assez éprouvé et surtout très fatigué on nous a fait remplacer et on nous a ramené à 30 kilomètres de la frontière. Je vais très bien, un peu, de courbature, mais ce n'est rien.
Le capitaine veut me faire nommer sergent-major, mais je ne veux pas, je suis trop jeune; si le colonel entend mon nom j'ai peur qu'il fasse quand même cette nomination. Au prochain combat je veux rapporter un galon de sous- lieutenant.
 
Lettre d'un officier d'artillerie :
22 août 1914.
Ma chère maman,
Je t'écris encore aujourd'hui, quelque peu découragé de ne pas savoir si mes lettres arrivent. On vit séparé du reste du monde, sans avoir jamais de nouvelles de personne; dans la batterie, depuis la mobilisation, on n'a pas reçu dix lettres. Si c'est parce qu'on fait tout passer avant ce service très secondaire, je ne me plaindrai pas; le seul ennui, c'est de ne pas savoir si les lettres que je vous envoie arrivent. Cela m'amuserait tant, pourtant, de te raconter en détail toute ma vie, mais cela m'est interdit.
Comme je me félicite de m'être habitué à la vie dure et au plein air, et comme j'ai raison d'avoir eu foi dans ce genre d'hygiène.
Il y a une huitaine de jours, après plusieurs nuits passées sous la pluie et dans la boue, j'ai été pris d'un accès de fièvre dû à l'humidité. Pour me soigner, je n'ai trouvé rien de mieux à faire que de repasser la nuit suivante, roulé dans mon manteau, dans dix centimètres de boue, et sous le vent; ma fièvre a passé dans la nuit, et jamais je ne me suis senti aussi vaillant et aussi bien portant que maintenant; quelle belle race que la nôtre.

 

J'ai eu le baptême du feu avant-hier, 20 août. Quelle joie et quelle belle journée! Je ne puis guère te donner de détails, mais tout de même, je pense qu'on me permettra quelques renseignements sans qu'on arrête ma lettre.
Sache seulement que deux de nos batteries ont été envoyées pour soutenir de l'infanterie qui subissait un feu terrible d'artillerie. J'arrive avec le commandant du groupe pour reconnaître les positions de batteries, pendant que les obus éclataient; les fantassins, assez éprouvés, reculaient peu à peu avec leurs blessés. Le commandant ayant reconnu de bonnes positions, m'envoie chercher les deux batteries, que je ramène en un rien de temps. Bien défilés, nous mettons à la raison trois batteries ennemies; deux de campagne et une d'obusiers; elles ont été instantanément pulvérisées, mises en bouillie; les caissons eux-mêmes faisaient explosion, et nous tirions à 5,000 mètres, sans que chez nous il y ait eu une seule égratignure; ils ne se sont pas doutés, avant de recevoir nos pralines, que nous étions là; nous n'avons pas reçu un seul obus, et cependant, ils continuaient un peu à tirer, mais à plus de 200 mètres de l'endroit où nous étions, car ils nous avaient vu passer la crête, que nous avions dû traverser pour prendre position.
J'ai bien vu que le commandant du groupe était content; d'ailleurs, le tir fini, il reçut de nombreuses félicitations. Les fantassins nous auraient bien tous embrassés. Le soir, vers neuf heures et demie, le commandant me renvoie chercher une batterie qui était restée en place depuis midi, à une douzaine de kilomètres d'où nous étions. J'y allai, non sans m'arrêter au milieu d'un régiment de fantassins où je quêtai un peu de nourriture; je n'avais rien dans le ventre depuis la veille; quand ils ont vu que j'étais d'une des batteries qui les avaient tirés si brillamment de leur mauvais pas, tu n'as pas idée des attentions qu'ils ont eues pour moi, me serrant les mains, m'apportant des biftecks, du riz, du vin, des patates, de l'avoine et du foin pour mon cheval, et me présentant à leurs officiers.
Je réussis rapidement à rattraper ma batterie, qui revenait heureusement, et nous rentrâmes à 3 heures du matin au point de ralliement; il y avait vingt-cinq heures que j'étais à cheval, écrasé de fatigue et de sommeil. Nous venions de trouver sur la route un homme d'une batterie qui nous précédait, mort, tombé de son siège, endormi; une roue l'avait étranglé sans qu'aucun de ses voisins, endormis aussi, se soit aperçu de sa disparition; nous l'avons ramené et fait enterrer; c'est notre seule perte de la journée.
L'artillerie allemande est navrante et fait pitié, même la grosse, puisque c'est avec notre petit «cigare», comme ils l'appellent, paraît-il, que nous avons détruit, au point de la réduire en cendres, cette batterie d'obusiers; ils n'étaient pas même défilés. Tout ce qu'ils savent faire, c'est de mettre le feu aux villages et ils ne s'en privent pas.

 

Il paraît que je ne me suis pas bien conduit; j'ai reçu des reproches d'un officier d'une des batteries, des reproches qu'il m'a fait en souriant, parce que j'ai mis trop d'ardeur. Je suis sûr que le commandant de notre groupe est content de moi; mais comme il est très dur et très froid, il ne me l'a pas dit; ce n'est qu'une supposition de ma part et je puis, me tromper; ce dont je peux être sûr, par exemple, c'est qu'on m'a toujours trouvé à mon poste où que soit ce poste; d'ailleurs, encore une fois, nous n'avons rien essuyé de terrible; les obus étaient destinés à d'autres qu'à nous.
Si j'avais toujours un abri à ma disposition, je me ferais fort de ne rien recevoir. On entend l'obus arriver, et quand on juge qu'il va éclater, on n'a qu'à s'abriter; on en est quitte pour entendre siffler les balles et les morceaux aux oreilles; d'ailleurs cela ne prouve pas que je n'aurai pas le trac une autre fois sous un bel ouragan de mitraille; il n'est pas impossible que nous ayons ce joli gala d'ici peu...
Enfin, je viens de recevoir une de tes lettres. Le service va peut-être s'établir. Parlez-moi de vous et non de moi, je n'ai pas besoin d'être encouragé; personne ici n'a besoin de l'être.

 

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My name is Danièle...

Hypersensible, hyperémotive, je suis une écorchée vive. Franche et sincère, l'injustice, la malhonnêteté, le mensonge me révoltent... Point fort : courageuse. Point faible : l'affectif est mon talon d'Achille ! Mes refuges : le beau, l'élégant, le rare, le précieux, l'amitié, le partage... La nature, les animaux...

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