Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

La Gazette de Danièle : Des idées et des Arts...

RV sur le blog d'une curieuse ! Curieuse de TOUT ! Tout m'intéresse ! Difficile à gérer ! Esthète, aussi, je vais spontanément vers les arts (peinture, sculpture, dessin, photo, la danse classique et l'opéra passionément !...) Mais, les sujets de société, notre alimentation, notre santé, le règne animal, l'environnement m'interpellent tout autant ! Et puis, j'ai mes révoltes !... )

Publié le par Danièle
Publié dans : #RETROMANIA, #CULTURE ET POESIE..., #HISTOIRE

LE TRAVAIL DES FEMMES (1/6) - Au début du mois d'août 1914, le président du Conseil René Viviani lance un appel aux femmes françaises pour remplacer aux champs les hommes partis au combat.

 
 
 

Dès août 1914, 3.700.000 hommes sont mobilisés dont un grand nombre de paysans. A la veille des moissons il est urgent d'encourager les paysannes à terminer les récoltes, essentielles pour l'approvisionnement du pays et des troupes engagées dans le conflit.

Le président du conseil René Viviani (1914-1915) lance alors un appel aux femmes françaises reproduit dans l'édition du 7 août 1914 du Figaro.

Plus de trois millions d'ouvrières agricoles et d'épouses d'exploitants aidées des jeunes enfants et des hommes âgés s'attellent au travail des champs et prennent en charge les exploitations non pas pour une moisson mais pour les quatre années qui vont suivre.


Article paru dans le Figaro du 7 août 1914

L'appel aux femmes françaises de René Viviani (1914)

La récolte des pommes de terre en 1900. Crédits photo : Rue des Archives/Tallandier

 

Pour la moisson

Appel aux femmes françaises

Malgré l'intérêt primordial de la défense nationale contre l'agression allemande, il est une question dont on doit se préoccuper.

La guerre éclate juste au moment où l'on allait faire la récolte du blé. Il ne faut pas laisser perdre cette récolte qui représente quelque chose comme huit milliards!

Le président du Conseil vient d'adresser, à cet effet, l'appel suivant aux femmes françaises :

 

Appel de René Viviani aux femmes françaises le 6 août 1914. Crédits photo : Wikipédia.

 

 

« Aux Femmes françaises,

La guerre a été déchaînée par l'Allemagne, malgré les efforts de la France, de la Russie, de l'Angleterre pour maintenir la paix. A l'appel de la Patrie, vos pères, vos fils, vos maris se sont levés et demain ils auront relevé le défi.

Le départ pour l'armée de tous ceux qui peuvent porter les armes, laisse les travaux des champs interrompus: la moisson est inachevée le temps des vendanges est proche. Au nom du gouvernement de la République, au nom de la nation tout entière groupée derrière lui, je fais appel à votre vaillance, à celle des enfants que leur âge seul, et non leur courage, dérobe au combat. Je vous demande de maintenir l'activité des campagnes, de terminer les récoltes de l'année, de préparer celles de l'année prochaine. Vous ne pouvez pas rendre à la patrie un plus grand service.

Ce n'est pas pour vous, c'est pour elle que je m'adresse à votre cœur.

Il faut sauvegarder votre subsistance, l'approvisionnement des populations urbaines et surtout l'approvisionnement de ceux qui défendent la frontière, avec l'indépendance du pays, la civilisation et le droit.

Debout, donc, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie! Remplacez sur le champ du travail ceux qui sont sur le champ de bataille. Préparez-vous à leur montrer, demain, la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés!

Il n'y a pas, dans ces heures graves, de labeur infime. Tout est grand qui sert le pays. Debout! à l'action! à l'œuvre! Il y aura demain de la gloire pour tout le monde.

Vive la République Vive la France »

Pour le Gouvernement de la République: Le président du Conseil des ministres, René Viviani.

 

Le ministre de l'agriculture s'est, lui aussi, préoccupé de cette question. Il a adressé à tous les préfets une circulaire, les priant de se mettre d'urgence en rapport avec les maires en vue d'assurer la moisson et de signaler les points où la main-d'œuvre ferait défaut. Sur sa demande, le ministre de la marine a décidé de mettre à la disposition de l'agriculture, vingt mille inscrits maritimes trop âgés pour combattre.

On les a répartis en principe entre les vingt et un départements du Nord et de l'Est où les moissons sont à peine commencées et représentent la plus grosse production.

L'Association française de motoculture invite les non-mobilisés, ainsi que tous les étrangers désireux d'être employés aux récoltes et autres travaux des champs à se faire inscrire de dix heures à midi et de trois à six heures, 56, boulevard Voltaire.

 

Par

Mis à jour

Publié

 

 

La Grande Guerre : le travail des femmes

 

LE TRAVAIL DES FEMMES (2/6) - Le Figaro publie dans ses colonnes un hommage aux vaillantes paysannes françaises.

En réponse à un dessin de Jean-Louis Forain intitulé «L'autre tranchée» paru au mois de janvier 1916, Le Figaro donne la parole à René Lavollée (1842-1927), ancien consul de France et auteur de plusieurs ouvrages dont «Les classes ouvrières en Europe: études sur leur situation matérielle et morale» et «Les fléaux nationaux: dépopulation, pornographie, alcoolisme, affaiblissement moral».

Il loue ici, avec éloquence, les qualités de courage et d'abnégation des paysannes françaises.


Article paru dans le Figaro du 16 avril 1916

L'autre tranchée, hommage aux paysannes (1916)

Dessin de Jean-Louis Forain paru dans Le Figaro le 5 janvier 1916. Credits photo :
Forain/Le Figaro
 

Le livre d'or des paysannes

L'un des hommes les plus au courant des choses agricoles, M. René Lavollée, ancien consul de France, nous adresse cette intéressante lettre, qui documente, d'exemples authentiques l'admirable dessin de Forain: «L'autre Tranchée», naguère paru dans le Figaro :

Les exploits des «poilus» ne doivent pas faire perdre de vue les prouesses de leurs femmes. Pendant que l'homme combat héroïquement dans les tranchées, la paysanne française lutte avec non moins d'énergie, dans les campagnes, pour le maintien de la production du sol et pour l'alimentation nationale.

 

La vaillance de la paysanne française est proverbiale; mais jamais elle ne s'est plus brillamment affirmée que depuis la déclaration de guerre. Aidée des vieux paysans et des jeunes gars que l'armée n'avait pas encore pris, cette paysanne a fait la récolte de 1914, assuré celle de 1915 et elle prépare celle de 1916. Sauf sur quelques points, d'ailleurs peu nombreux, cet effort gigantesque n'a pas épuisé les forces ni surtout le courage des fermières, des métayères, des ménagères françaises. Elles continuent presque toutes à soigner le bétail, à labourer, à semer, à moissonner, à vendanger, tout en donnant leurs soins à leurs jeunes enfants et à leurs vieux parents. Les merveilleuses qualités de la race française, si vieille, mais douée d'une immortelle jeunesse, ne se sont jamais manifestées de façon plus touchante et plus admirable.

En veut-on la preuve? La plus puissante des associations agricoles françaises, la Société des Agriculteurs de France, a voulu récompenser ces dévouements obscurs par des récompenses purement honorifiques: la fierté des vaillantes femmes n'en accepterait pas d'autres. Elle a chargé les associations qui lui sont affiliées de lui désigner des candidates aux diplômes et aux médailles qu'elle leur offre. Son appel est très récent; les réponses commencent à peine à lui arriver et elle est littéralement débordée. Bien que des mérites exceptionnels lui soient seuls signalés, c'est par centaines, par milliers, que les demandes lui arrivent. Dans plusieurs départements, les associations locales se déclarent incapables de faire un choix: toutes les paysannes, disent- elles, seraient dignes de récompense.

Voici une fermière de la Mayenne, Mme Balluard, mère de quinze enfants, dont six sont sur le front: avec l'aide de cinq de ses filles, et malgré sa mauvaise santé, elle dirige une ferme de 43 hectares, dont elle assure, depuis le début de la guerre, l'exploitation dans les meilleures conditions.

Cette autre, Mme Léon Boude, est une vaillante Champenoise, mère de trois jeunes enfants qui, depuis le début de la guerre, malgré l'invasion, malgré les passages de troupes et avec l'aide d'un seul petit domestique de seize ans, maintient en culture une ferme de 43 hectares presque dans la zone de feu.

 

Ici, quatre jeunes filles, Mlles Le Ludec, restées seules à la ferme, la maintiennent depuis deux ans en état de culture; là, un vieux paysan, M. Frier, plus qu'octogénaire, reprend le mancheron de la charrue pour assurer lu culture de la ferme en l'absence de son fils mobilisé.

Citons encore Mme Dubreuil, dans l'Oise, restée seule, après le départ de son mari pour l'armée, dans une ferme de 70 hectares, ayant à sa charge deux jeunes enfants et son beau-père septuagénaire. Elle a subi l'invasion, le pillage, la perte de son matériel de culture, d'une partie de ses animaux: malgré tout, elle a tenu bon, elle a fait ses battages, ses charrois, dirigé les labours, conduit le semoir et entretenu une vacherie dont les produits alimentent les deux tiers de la population.

Ces traits admirables de courage, d'intelligence et de persévérance se comptent par milliers: il faudrait presque un volume pour les enregistrer tous. Ils expliquent non seulement la prospérité de la France rurale au milieu de la plus effroyable tourmente, mais encore l'irrésistible puissance de l'armée française. Les héros contre lesquels viennent se briser les assauts allemands sont, pour la plupart, nés de ces vaillantes paysannes: les fils de telles femmes ne peuvent être qu'invincibles.

Par René Lavollée, docteur ès-lettres, ancien consul général de France

 

Par

Publié

La Grande Guerre : le travail des femmes

 

LE TRAVAIL DES FEMMES (3/6) - A l'arrière, les emplois désertés par les hommes partis au front, sont repris par les femmes.

La mobilisation en masse des hommes pendant la Grande Guerre laisse de nombreux emplois inoccupés. Les femmes s'emparent de ces nouveaux métiers jusqu'ici exclusivement masculins: facteur, livreur, garde-champêtre, boulanger, conducteur de tramway.

Le Figaro narre à ses lecteurs des rencontres inédites dans les rues de Paris: une vitrière, une conductrice de tramway et une «dame du métro».

 

Article paru dans le Figaro du 10 janvier 1917

Aux femmes, les métiers d'hommes (1917)

Dans un village français, à l'arrière du front de la Somme, la garde-champêtre annonce l'approche de l'aviation ennemie en septembre 1916. Crédits photo : Rue des Archives/Tallandier

 

La petite vitrière

Ce n'est point d'une cantinière de chasseurs à pied qu'il s'agit, comme on pourrait le croire, en ce temps ou Mars et Bellone sont déchaînés. La petite vitrière que nous avons rencontrée hier matin dans la rue, n'avait rien de belliqueux, bien au contraire, et loin de casser les vitres, elle posait des carreaux. Telle la Perrette du fabuliste, en cotillon simple et souliers plats, elle avait, non pas sur sa tête, mais sur le dos, le crochet professionnel chargé de carrés de verre de dimensions diverses; et d'une voix suraiguë, sur le rythme familier aux oreilles parisiennes, elle criait, chemin faisant, vers les étages supérieurs des maisons, le «Au vitri…i…i» traditionnel.

Appelée par une cliente, locataire d'un deuxième sur la rue, elle pénétra dans l'immeuble du pas décidé d'un vrai compagnon, et quelques minutes plus tard, grimpée sur un marchepied, au-dessus du vide, elle apparut en train de faire, à petits coups secs de son marteau, tomber les éclats brisés de la vitre supérieure d'une fenêtre. La petite vitrière ignore le vertige.

Encore une conquête de la main-d'œuvre féminine.


Article paru dans le Figaro du 14 mai 1916

 

La conduite des femmes

...Entendons-nous! Il s'agit, tout simplement, de la conduite par des femmes de nos tramways parisiens et d'une manifestation toute nouvelle - et très intéressante- de la souplesse avec laquelle nos femmes françaises s'ingénient à suppléer à la main d'œuvre masculine si atteinte par les nécessités de la guerre.

Conductrice de tramway en france, en 1916. Rue des Archives/Mary Evans.

Donc, d'ici très peu de temps, nous verrons -ainsi que cela se passe d'ailleurs à Bordeaux- des femmes sur les plates-formes d'avant de nos tramways parisiens, tenir le «volant» et manœuvrer les manettes de direction.

Voilà, de simples «receveuses» qu'elles étaient depuis la guerre, les femmes promues au rang de «conductrices» et devenues wattwomen.

Quinze «conductrices» font en ce moment leur apprentissage et, hier, nous en vîmes une, encore accompagnée d'un «professeur», menant une voiture de la ligne des Moulineaux à l'Ecole militaire.

Si l'essai réussit -et tout fait prévoir qu'il en sera ainsi- les wattwomen feront officiellement leur entrée, le 1er juin, dans la circulation parisienne.

Elles seront vite très populaires.


Extrait d'un article paru dans le Figaro du 17 octobre 1915

 

La Dame du Métro

Prenez une grande blouse noire, un brassard rouge et une ménagère parisienne: vous aurez une employée du Métro. Tel est l'enseignement que la guerre nous a fourni. Depuis le mois d'août 1914, nous sommes assurés qu'il n'est pas besoin de la vigueur mâle pour percer des trous dans nos tickets. En somme, les trains partent à l'heure, roulent sans accident et aucun escroc ne parvient à voyager gratuitement. Donc, tout est bien.

Elles sont assises sur le quai, les petites dames du Métro, et elles n'admettent aucune infraction à la consigne. Il ne s'agit pas de leur dire qu'on est pressé. Si pressé que vous soyez, vous devez descendre par l'escalier de gauche et non par celui qu'une pancarte interdit. Ou bien elles vous feront une scène, d'une voix claire.

Peut-être ont-elles une grande tendance à faire des scènes. Ce n'est pas tant pour le plaisir de gronder que pour l'occasion de parler. Car il leur est interdit de tenir des conversations sinon pour le service. Alors, si le service est assez favorable pour leur amener un voyageur récalcitrant, elles en profitent, n'est- ce pas? Elles lui font mille reproches, au voyageur récalcitrant. Généralement, il s'irrite. Car, enfin, il est pénible d'être rappelé à l'ordre par une jeune femme. Mais elle ne cède point. Et elle parle! Qu'il soit poli, surtout! La moindre vivacité dans le discours indispose la dame du Métro.

- Monsieur, remontez !

- Non, je ne remonterai pas !

- Comment, vous ne remonterez pas ! Vous n'avez qu'à faire comme tout le monde, à passer par l'escalier de descente.

- Mais ça ne fait rien, puisque le train n'est pas en face !

- Je vous dis de remonter! C'est malheureux de voir ça ! Vous croyez que je vais me faire attraper à cause de vous ? Vous n'êtes pas plus que les autres, etc., etc.

Et puis, comme le client se refuse à remonter pour redescendre, la dame du Métro s'exaspère. Elle crie :

- Sale gamin, tenez !

Sale gamin ! Mot de petite fille. Celle qui le disait eut tout de suite les larmes aux yeux. Elle tapa du pied. Elle était très en colère. L'homme de quarante-cinq ans qui était devant elle rit un peu, et remonta.

Je le sais. J'étais là.

[...]

par René Bures

 

Par
Publié

Vidéo - INA : La mobilisation des femmes

La mobilisation de millions d'hommes dans l'armée entraîne un appel aux femmes à l'arrière pour occuper les métiers les plus divers, dont certains étaient habituellement réservés aux hommes : conductrices de tramways, factrices, agricultrices… Type de média : Vidéo Date de diffusion : 01 janvier 1916 Source : Gaumont

 

La Grande Guerre : le travail des femmes

 

LE TRAVAIL DES FEMMES (4/6) - L'arrivée des femmes dans les métiers dits masculins pendant la Grande Guerre met en évidence la nécessité d'ouvrir aux jeunes filles les écoles d'ingénieurs.

En 1914, les femmes les plus téméraires et travailleuses pouvaient s'affirmer dans des carrières scientifiques, comme Marie Curie, prix Nobel en 1903. Elles avaient la possiblité d'intégrer l'École des chartes ou l'École normale supérieure où la mixité était établie depuis peu.

Mais un bastion restait imprenable: celui des écoles d'ingénieurs. La guerre donne un coup de pouce aux jeunes pionnières qui veulent investir les disciplines réservées aux hommes en révélant la nécessaire participation des femmes à la production nationale.

Les premières diplômées et futures «ingénieuses» sortent de l'École des mines de Saint-Etienne en 1919 et de l'École Centrale en 1921 mais les jeunes filles ne seront préparées au baccalauréat dans l'enseignement public qu'en 1924.

Ce plaidoyer d'un professeur du lycée Buffon paru dans le Figaro en faveur des jeunes filles désireuses de s'inscrire à l'École centrale laisse tout de même entrevoir les limites de ces nouvelles libertés. Et oui, les femmes ont le vertige, c'est bien dommage!

 

Article paru dans le Figaro du 16 février 1917

Les jeunes filles à l'assaut de l'Ecole Centrale (1917)

Des étudiants à  l'école centrale des arts et manufacture en 1886. Crédits photo :
Rue des Archives/Mary Evans.
 

LES « INGÉNIEUSES »

Sans attendre les droits électoraux que la Chambre promet aux femmes, deux jeunes filles se sont fait inscrire en vue de se présenter à l'École centrale des arts et manufactures. Cette ambition qui s'éveille dans les cœurs des adolescentes est un événement singulier. C'est un signe des temps et une date dans l'évolution du féminisme. Inutile de se demander à quoi rêvent les jeunes filles: elles ne rêvent plus; elles agissent. Au lieu d'errer dans le bleu et de se perdre dans les chimères, elles dessinent des épures et résolvent des équations.

Le sens des réalités les guide dans le choix de leurs carrières. La littérature les attire moins que la science. Aucune candidate n'a encore tenté les épreuves de l'École normale supérieure, section des lettres; plus d'une a déjà, et avec succès, affronté le concours de la section des sciences, -innovation fraîchement accueillie par certains normaliens qui projetèrent alors de se présenter à l'École de Sèvres, et, parce que les jeunes filles prenaient rang parmi les garçons, de prendre rang parmi les jeunes filles. Cette petite querelle était antérieure à la guerre. Où sont les neiges d'antan ?

Aujourd'hui, que tant de vides se produisent parmi les hommes, il est très naturel et il est même d'un intérêt social que les femmes cherchent à les combler. On ne compte plus les institutrices qui remplacent les instituteurs; plusieurs centaines de dames professent dans les lycées de garçons. L'École normale peut s'ouvrir maintenant aux deux sexes.

Jeune bachelière en 1925. Crédits photo : Rue des Archives /PVDE

Il va sans dire que l'accession des jeunes filles aux grandes écoles ne peut se faire que sous certaines conditions. Malgré le changement vertigineux de nos mœurs, il faut encore que, d'une part, ces écoles ne soient pas des internats exclusifs, et que, d'autre part, les obligations militaires n'y soient pas trop rigoureuses. Pour cette double raison, Polytechnique leur est fermé. L'École normale de la rue d'Ulm ne les a reçues que par suite du changement de régime qui créait, à côté des pensionnaires de jadis, une nouvelle catégorie d'élèves externes. A l'Ecole centrale, la question ne se pose pas: le régime traditionnel a toujours été celui de la liberté. L'uniforme y est inconnu. Les étudiants vont et viennent comme il leur plaît. S'ils sont astreints à des exercices qui les préparent à la vie de caserne, s'ils sont, en sortant, promus officiers, c'est affaire au ministère de la guerre: l'administration civile s'en désintéresse. Dans ces conditions, étant donnée la largeur du règlement d'admission (le baccalauréat même n'est que facultatif), la direction de l'École ne saurait s'opposer à une candidature féminine, et je crois savoir que, sauf le cas d'un veto invraisemblable du ministère du commerce, elle ne s'y montrera pas hostile. Il est donc très probable que, pour la première fois depuis la fondation de l'École, nous allons voir en France des ingénieuses.

 

Est-ce à dire que, dans l'existence des futures centraliennes tout sera donc facile, et que le chemin qui conduit au bienheureux diplôme sera, pour elles, entièrement jonché de fleurs? Les jeunes gens qui sont reçus à l'École centrale sont très bien élevés, c'est un fait acquis; mais ce sont des jeunes gens; le régime de liberté qui caractérise cette illustre maison se retrouve jusque dans les conversations qui s'y tiennent. Lorsque des jeunes filles seront parmi eux, renonceront-ils à leurs chères habitudes, pour n'échanger que des propos de salon, et s'ils n'y renoncent pas, la délicatesse des centraliennes ne sera-t-elle pas journellement soumise à une rude épreuve? Premier inconvénient. Un deuxième -sans doute un peu plus grave- résulte de la manière dont les travaux pratiques sont organisés. Pour leur exécution, les élèves sont répartis en un certain nombre de salles; dans chaque salle, un groupe est soumis à l‘autorité morale d'un «commissaire», qui est, lui-même, un élève choisi parmi les mieux reçus. Si les centraliennes entrent au nombre des premières et si, d'aventure, le commissaire est «une» commissaire, on ne saurait affirmer que son autorité morale ne subira aucune atteinte.

 

Une fois pourvues de leur diplôme, le grand problème de la vie se posera pour nos «ingénieuses». Là encore il leur faudra user de circonspection, et fuir les occupations d'ingénieurs qui seraient au-dessus de leurs forces. Un certain nombre de ces carrières demandent, un travail physique dont une femme, même développée par la gymnastique ou les sports, serait incapable. On ne se représente pas, pour en donner un exemple, une femme ingénieur dans une houillère alors que le «fond» est interdit légalement aux ouvrières, alors qu'on n'y peut même, la plupart du temps, travailler debout et qu'il faut rester plusieurs heures à plat ventre ou sur le dos, ce serait folie à elles de songer à une profession de ce genre. Mais il leur en restera beaucoup d'autres, et, d'une façon générale, toutes celles qui demandent surtout de la méthode, de l'attention, une intelligence fixe et déliée. Dans un bureau d'études, il y en a une multitude, elles seront admirablement à leur place et rendront les mêmes services que les hommes. Dans les laboratoires, elles seront des auxiliaires excellents, ou même des directrices remarquables. Les sciences chimiques leur ouvrent des perspectives infinies! Nous avons actuellement besoin de tant de chimistes et, après la guerre, il nous en faudra encore un si grand nombre -un nombre bien plus considérable- que l'on accueillera avec empressement la collaboration féminine et que cet appoint sera précieux.

 

En définitive, ce nouveau symptôme de l'initiative des jeunes filles est heureux. Tout est dit sur le féminisme, et je viens trop tard, depuis tant d'années qu'il y a des femmes, et qui pensent par elles-mêmes cependant, il n'est peut-être pas trop tard pour déterminer la mesure exacte dans laquelle le féminisme doit se cantonner pour ne pas être dangereux. Une jeune fille, il y a quelque temps, désira devenir architecte; on fut surpris; elle s'obstina, et courageusement monta sur les échafaudages des maçons. Elle en redescendit plus vite, et je crois bien que sa vocation n'alla pas plus avant. La présente limite du développement féministe est l'insuffisante vigueur de la femme. Il est encore plus grave, de forcer la nature que de forcer son, talent.

par Jules Wogue, professeur agrégé au lycée Buffon.

 

Par
Publié
 

La Grande Guerre : le travail des femmes

 

LE TRAVAIL DES FEMMES (5/6) - La multiplication du nombre d'ouvrières dans les usines pendant la Première Guerre mondiale rend nécessaire la création du poste de surintendante d'usine et donc d'une école.

L'emploi des femmes dans les usines d'armement poussent les industriels à mettre en place certains services sociaux tels que des chambres d'allaitement (rendues obligatoires par la loi du 5 août 1917) et des crèches.

Pour former un personnel féminin inspiré du modèle anglais des «ladies surintendantes» capable de mettre en place et de gérer ces services, l'École des surintendantes d'usine est ouverte le 1er mai 1917 sous l'égide des ministres Albert Thomas et Léon Bourgeois et à l'initiative de Cécile Brunschvicg, présidente de la section «travail» du Conseil National des Femmes Françaises.

Les premières diplômées ne seront opérationnelles qu'en 1918 mais les changements durables induits par la période de guerre permettront à ce métier de perdurer. L'Ecole des surintendantes d'usine changera de nom en 1990 pour devenir l'ETSUP, Ecole supérieure de travail social.

En savoir plus : le site internet de L'ETSUP

 

Article paru dans le Figaro du 9 août 1920

Surintendante d'usine, un métier d'avenir (1920)

Des ouvrières dans l'usine du Creusot des établissements Schneider , en septembre 1915. Crédits photo : Eue des Archives/Tallandier.

 

Le rôle lumineux des Surintendantes

Il est pénible d'avoir à dire encore ce que sont les surintendantes. Nul ne devrait ignorer le rôle magnifique, encore qu'obscur, qu'elles ont joué pendant la guerre et qu'elles essayent, à travers mille difficultés, de continuer dans ce qu'on ose à peine appeler la paix.

Créées en mai 1917, sur l'exemple de l'Angleterre, les surintendantes d'usines, après un court stage dans une modeste école installée au Lyceum-Club, embryon de l'école actuelle, s'en allaient pleines de foi et d'une ardeur presque mystique dans les usines où les appelaient les industriels débordés par une multitude de problèmes d'administration sociale.

 

Aussitôt leur bienfaisante influence ramenait l'ordre, l'apaisement, la gaieté, l'entrain dans la ruche dont le rendement s'accroissait de ce fait notablement. Intermédiaires entre le patron dont elles connaissaient la pensée, et les ouvrières dont elles savaient les aptitudes, les nécessités, les surintendantes mettaient chacune à sa place, éteignaient les rivalités, les mécontentements, calmaient les inquiétudes, créaient des cantines, des garderies, des pouponnières, s'occupaient des malades, régentaient, en un mot, la difficile tribu féminine avec un doigté et une sympathie qu'on ne pouvait évidemment attendre d'un patron, si bienveillant soit-il, occupé de mille autres soucis et responsabilités.

Or, on pensait que le rôle des surintendantes se terminerait avec la guerre. Mais les services rendus par elles furent d'un tel prix que les industriels ne veulent et ne peuvent plus s'en passer, et non pas seulement ceux, très nombreux, qui emploient la main-d'œuvre féminine. Or, il advient que l'offre, ici, dépasse la demande. L'Ecole des surintendantes, que dirige, avec une sagacité et un dévouement admirables Mme A.-J. Jacob, et qui s'est installée dans un grand local, 43, rue Pernety, n'a pas assez d'élèves pour les places qui lui sont offertes.

Cela semble à peine croyable et c'est pourtant vrai.

Eh bien, il ne peut y avoir qu'une raison à cela, c'est qu'on ignore le rôle de la surintendante, l'Ecole des surintendantes, et peut-être bien les surintendantes elles-mêmes.

J'entends dans les milieux où l'on aurait le plus de raisons et d'avantages à ne pas les ignorer, milieux moyens de la petite bourgeoisie où la femme ayant des loisirs serait désireuse de les employer utilement mais ne sait pas trop comment.

Est-ce, plus que celle de la surintendante, une activité qui convienne mieux à une femme d'une éducation soignée, d'une instruction un peu relevée, de sentiments nobles et qui mettrait sa fierté à jouer un véritable rôle social ?

 

Placée dans l'usine entre le chef et les exécutants, parfois des deux sexes, la surintendante doit déployer une finesse psychologique et une délicatesse peu ordinaires pour arriver à connaître, sans se tromper grossièrement, l'âme et le caractère des femmes dont elle a la direction morale. C'est à elle qu'incombe l'embauchage et, chose plus difficile, la répartition dans les ateliers. C'est elle, qui doit apprécier les forces de chacune et les mettre à la place qui convient. C'est elle qui doit intervenir pour qu'on donne aux malades, aux femmes enceintes ou nourrices, le travail le moins fatigant.

A elle le souci de créer, quand il n'y en a pas, ou de diriger, quand il y en a, les cantines, les crèches, les pouponnières, les garderies d'enfants, les écoles ménagères. A elle d'organiser les lavoirs, les bains, les visites aux malades. Et n'en a-t-on pas vu déjà dans de grands centres ouvriers s'occuper avec succès des logements, des cités ouvrières, des cinémas et même des terrains de sports.

On voit jusqu'où peut s'étendre l'activité pratique de la surintendante. Mais cela n'est rien à côté des qualités morales que requiert cette fonction, j'allais dire cet apostolat.

Le mot n'est pas trop fort. Il y faut en effet une âme pleine de pitié, d'altruisme et de dévouement. Si ce n'est que l'espoir de gagner les 6,000, ou 8,000, ou 10,000 francs dont sont rémunérés de tels services qui attire les femmes à l'Ecole des surintendantes, elles ne feront jamais que de mauvaises surintendantes.

Il faut qu'elles voient l'apostolat de cette fonction.

 

La surintendante, en effet, n'est pas qu'un chef elle est à la fois une sœur et une mère. C'est à elle qu'on n'hésite pas, si elle a compris son rôle, à confier ses chagrins, ses soucis, ses espoirs, ses découragements.

C'est elle qui réconforte au bon moment, c'est elle qui donne les raisons de continuer à bien faire, de rester dans le droit chemin; c'est elle qui fait triompher la voix de la conscience et qui redonne la force de lutter encore et de ne point désespérer.

Que de plaies, que de blessures qui sont ainsi pansées, que de cœurs réconfortés, que d'âmes sauvées! Ah! Comme il y aurait moins de déchirements, de pleurs, de séparations, d'abandons, d'erreurs, si des surintendantes veillaient dans nos hôpitaux et dans nos maisons d'assistance publique!

Tel est le rôle éminent de la surintendante. Nos grands industriels se sont si bien rendu compte des services extraordinaires que ces nobles femmes leur rendent, que beaucoup d'entre eux n'ont pas voulu s'en séparer à la paix. D'autres en demandent rue Pernety. Beaucoup d'élèves de l'École ont ainsi trouvé des situations où les dons admirables de la femme et l'enseignement reçu sous la direction de Mme Jacob leur ont permis de rendre de précieux services et de jouer le véritable rôle social qui convient à la femme.

Il ne leur en a coûté que six mois de préparation, d'études et de stages pratiques et la minime somme de 150 francs. La maison de la rue Pernety est moins une école qu'un home familial. Mais elle est plus que cela, elle est un sanctuaire.

par Ch. Tardieu.

 

Par

Publié

 

La Grande Guerre : le travail des femmes

 

LE TRAVAIL DES FEMMES (6/6) - L'armistice signé, les hommes rentrent et reprennent le travail. Les femmes sont renvoyées à la maison ou vers les emplois qu'elles occupaient avant la guerre.

 

 

 

Les soldats de retour de la guerre devant reprendre leur place dans la vie civile, le gouvernement incite très vite les «munitionnettes» à quitter leur emploi quand elles ne sont pas déjà licenciées. Les hommes, longtemps absents, s'inquiètent de la «masculinisation» des femmes tandis que les syndicats voient d'un mauvais œil la concurrence d'une main d'œuvre féminine moins chère. Les femmes retournent donc à leur rôle d'épouses et surtout de mères alors que la bataille contre le «dépeuplement» de la France agite la société française. Des voix se font cependant entendre pour défendre les moyens de subsistance des quelques 630.000 veuves de guerre, des nombreuses célibataires et des ouvrières qui ne veulent pas retrouver les emplois mal rétribués qui leur étaient réservés avant la guerre.


Article paru dans le Figaro du 31 mars 1919

À la fin de la guerre, la démobilisation des femmes (1919)

Des ouvrières soudant des obus dans une usine en France  pendant la première guerre mondiale. Crédits photo : René Dazy/Rue des Archives.

 

La Démobilisation des femmes

On parle beaucoup, -je ne dis pas beaucoup trop- de la démobilisation des poilus. On parle de la démobilisation des chevaux, voire des chiens. Si nous nous occupions un peu de la démobilisation des femmes?

Elle s'accomplit tranquillement, sans bruit, discrète comme un frou-frou. S'il y a quelque-part du malaise, des plaintes, des larmes, de la détresse, le murmure n'en parvient point jusqu'aux oreilles de cette grande dame distraite et tiraillée qu'est l'opinion. C'est que les femmes ne sont pas encore électrices sans doute. On imagine facilement que cette démobilisation s'est accomplie de façons bien différentes, suivant les milieux. Notre curiosité nous a menés dans toutes les classes de la société, et la diversité des confidences que nous avons recueillies n'étonnera point. Avant de parler des mobilisées bénévoles de la bourgeoisie et de l'aristocratie, occupons-nous d'abord des ouvrières et des employées.

II est difficile de fixer le nombre, même approximatif, des femmes que cette guerre nous a contraints d'employer dans les arsenaux, les usines, les entreprises de l'Etat, ou privées, les administrations, les ministères, les hôpitaux, les ambulances, les gares, les états-majors, etc., etc. Il atteignait plusieurs centaines de mille.

 

Dès la signature de l'armistice, on songea à renvoyer cette armée de travailleuses, et le 17 novembre 1918, paraissait une première circulaire suivant laquelle les employées et ouvrières qui consentiraient à abandonner leur travail avant le 5 décembre toucheraient une indemnité de départ égale à trente jours de salaire.

Celles qui ne voudraient pas profiter de cette faculté perdraient sur les trente jours de salaire alloués autant de jours qu'elles en passeraient encore dans l'établissement après le 5 décembre. A ces indemnités s'ajoutaient celles qui sont normalement accordées en cas de cessation de travail, c'est-à-dire une journée de salaire par quatre mois de présence.

Un peu plus tard, une nouvelle circulaire prorogeait jusqu'au 1er mars, puis, tout récemment, jusqu'au 1er avril, ces dispositions pour les ouvrières devenues veuves depuis la guerre, les femmes des disparus, des réformés pour blessure de guerre, les filles des militaires tués à l'ennemi ou morts des suites de blessures et les femmes de mobilisés touchant l'allocation.

Celles qui ne voulaient pas profiter des avantages d'un départ immédiat devaient être remerciées peu à peu, par rang d'ancienneté, en tenant compte des nécessités de leurs fonctions et avec préavis de huit jours. Cela ne se passa point sans difficultés, sans froissements.

 

De petits oublis, de légers passe-droits, provoquèrent des protestations, des réclamations qui ne se sont point transformées en actes. C'est à peine si cette petite tempête intérieure vint affleurer à la surface. En définitive, le renvoi s'est accompli vaille que vaille; et à l'heure actuelle on évalue dans les usines, et en moyenne partout, à 80 % la diminution de la main-d'œuvre féminine.

Dans les arsenaux de la banlieue parisienne, dont le personnel avait plus que décuplé pendant la guerre et qui occupaient jusqu'à trois mille femmes chacun, il n'en reste plus maintenant que quatre à cinq cents, généralement partagées en deux équipes, travaillant cinq heures par jour et gagnant un salaire qui varie entre 5 et 6 francs, plus deux francs de vie chère.

La mobilisation des femmes en couverture du journal 'J'ai vu' le 18 novembre 1916. Crédits photo : Rue des Archives/Collection Gre

 

A ce propos, il n'est pas mauvais peut-être de redresser une erreur qui s'est accréditée par de hâtives généralisations. On croit que toutes les ouvrières d'usines se voyaient attribuer des salaires pareils à ceux des ouvriers. En réalité, celles-là seules qui, pendant deux ans, se sont astreintes à apprendre le métier, le dessin, et qui pouvaient travailler aux pièces, les sertisseuses, les emboutisseuses, ont eu, à travail égal, salaire égal à celui des spécialistes hommes. Excellente application avant la lettre des revendications présentées naguère à la Conférence de la paix par les associations féministes.

On est d'ailleurs très satisfait du travail des femmes, non seulement dans les bureaux et les administrations, mais dans les usines.

Le fait m'a été affirmé par des personnalités qui vivent au milieu d'elles, qui les voient agir, qui savent ce qu'elles pensent et ce qu'on pense d'elles, entre autres l'excellente avocate Me Maria Vérone, et mainte femme dont la grande modestie n'a d'égale que son intelligente activité et son dévouement quasi religieux.

Elles se sont habituées aux gros travaux comme aux plus minutieux de la métallurgie, où elles ont parfaitement réussi. On les accepte donc volontiers. Toutes les difficultés seraient aplanies et le chômage diminué, à condition de ne prendre que de la main-d'œuvre française, si le travail était organisé.

 

Mais voici la pierre d'achoppement. Celles qui ont quitté l'usine sur de belles promesses ne veulent plus reprendre les travaux féminins, parce qu'ils sont incomparablement moins rétribués; même la lingerie de luxe, où l'ouvrière ne gagne guère plus de 3 fr. 50 à 4 francs, pour une besogne difficile, fatigante et qui use les yeux; même la dentelle, où le mètre est payé 0 fr.50 et vendu 10 francs. De plus, la femme qui travaille chez elle le fait souvent dans de mauvaises conditions de confort et d'hygiène, en des logements étroits, malsains, mal éclairés. Elle regrette le mouvement, la gaieté de l'usine et du travail en commun. Elle veut donc y retourner. Mais les places sont limitées et les hommes sont là. Il est une administration où la situation de ces démobilisées est vraiment pénible, c'est celle des P. T. T. Lorsqu'on fit appel aux femmes dans ces services, elles accoururent en foule, la plupart de province, et remplirent parfaitement leur tâche dans des conditions de vie assez peu agréables. Quand sévirent les gothas, beaucoup d'entre elles, rappelées par leurs familles inquiètes, voulurent s'en retourner. On leur fit dire qu'elles perdraient leur place. Elles restèrent, travaillant de jour et de nuit, dans des locaux, comme celui de la rue de Grenelle, sans autre protection qu'un mince vitrage. Du jour au lendemain, on les renvoie. Elles sont extrêmement peinées.

 

Elles comprennent fort bien que les anciens employés revenus du front reprennent leur place, mais pas du tout qu'on leur substitue des auxiliaires qu'on ferait mieux, disent-elles, de démobiliser, qui sont une charge pour l'Etat et qui ne connaissent pas l'a b c du travail qu'on leur impose. Il y a pourtant de nombreux vides qu'elles occuperaient naturellement. On leur parle d'un concours et on leur promet des points supplémentaires. La belle affaire si ce concours portait encore sur le côté pratique de leur profession! Mais non il leur faut étudier la géographie et le style.

Même les femmes qui quittent le ministère du travail, comble d'ironie, ne trouvent pas à s'employer.

Pour la plupart, victimes de la guerre, elles ne retrouvent pas un époux. Avec qui ces ouvrières, ces employées se marieraient-elles?

Qu'a-t-on fait, je veux dire qu'ont fait les pouvoirs publics pour aider ces femmes? Trop peu. Heureusement, l'initiative privée ne leur fait point défaut. J'ai vu dans un de ces arsenaux, dont je parlais plus haut, un foyer admirablement installé dans un local vaste, aéré, clair, égayé de couleurs vives, comprenant une crèche de soixante lits, des salles de jeux, d'enseignement, d'allaitement, un réfectoire où pour 1 fr.75, les ouvrières prennent un repas sain et copieux, une salle de musique et de lecture où France, Bazin, Bordeaux et Dumas sont passionnément feuilletés sous le regard bienveillant d'une éminente femme, que ce beau résultat ne contente point et qui s'occupe déjà de fonder pour ses démobilisées des ateliers où elles apprendront la maroquinerie et la fabrication des tapis d'Orient. Voilà une belle et bonne œuvre!

Des comités américains, également, vont organiser, en province, des cours professionnels de broderie et de lingerie. Si I'on parvient à recruter pour eux un personnel suffisant parmi les jeunes filles et les femmes sans travail, les dames américaines sont certaines de trouver de nombreux débouchés en Amérique où ces articles de luxe ne se heurtent pas comme en France à la surproduction.

Il faudrait multiplier ces organismes pour les nombreuses démobilisées, qui, non syndiquées, non affiliées à la C.G.T., se retrouvent dans la vie ordinaire sans ressources, sans appui, sans métier et que les difficultés de la vie actuelle obligent à travailler.

par Charles Tardieu.

 

 

 

Par
Publié

Commenter cet article

My name is Danièle...

Hypersensible, hyperémotive, je suis une écorchée vive. Franche et sincère, l'injustice, la malhonnêteté, le mensonge me révoltent... Point fort : courageuse. Point faible : l'affectif est mon talon d'Achille ! Mes refuges : le beau, l'élégant, le rare, le précieux, l'amitié, le partage... La nature, les animaux...

Articles récents

 

 

 

Hébergé par Overblog